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Soins palliatifs pluridisciplinaires chez un malade en fin de vie. Accompagnement d'un mourant et de son entourage (69)
Docteur Guillemette LAVAL, Docteur Marie-Laure VILLARD, Madame Francesca COMANDINI (psychologue), Madame Noëlle CARLIN (cadre infirmier) - Août 2003

Résumé :

Les Soins Palliatifs s'adressent aux patients atteints de maladie grave évolutive ou terminale quelle que soit la pathologie concernée et l'âge du patient. Lorsque leur mise en place est possible en amont de la phase terminale, ils permettent un important travail de prévention.

Ils offrent une prise en charge globale et pluridisciplinaire des besoins physiques, psychologiques, sociaux et spirituels du malade ainsi qu'un soutien de ses proches avant et après le décès. Des bénévoles d'accompagnement peuvent contribuer au soutien.

"Les soins palliatifs et l'accompagnement considèrent le malade comme un vivant et sa mort comme un processus naturel… Ils cherchent à éviter les investigations et les traitements déraisonnables et se refusent à provoquer la mort… Ils s'efforcent de préserver la meilleure qualité de vie possible jusqu'au décès…" (Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs : SFAP, 1996).


Texte : Définition de la Société Française de Soins Palliatifs et d'Accompagnement 1996
106, avenue Emile Zola 75015 Paris
(SFAP)

Leurs aspects législatifs et organisationnels ont beaucoup évolué reconnaissant ainsi "le droit à toute personne malade dont l'état le requiert d'accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement" (loi du 9 juin 1999).


Texte : Synthèse de la loi du 9 juin 1999
(Programme national de développement des soins palliatifs 2002-2005)

Les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP), et les unités d'hospitalisation de soins palliatifs (USP) sont créées pour permettre la prise en charge des cas les plus difficiles, former les professionnels de santé et développer la recherche en soins palliatifs.





1. Concept et domaine d'application des Soins Palliatifs

Le concept des Soins Palliatifs donné dans la définition de la SFAP est issu du mouvement des hospices anglais dont la fondatrice est Cicely SAUNDERS.

Les patients qui requièrent de tels soins (le plus souvent, mais non exclusivement, des patients cancéreux) ne sont pas toujours faciles à identifier pour le clinicien car la frontière n'est pas nette entre phase curative et phase palliative de la maladie : un même patient peut nécessiter alternativement, voire en même temps, des soins à la fois curatifs et palliatifs. Aujourd'hui, dans l'évolution actuelle du mouvement des soins palliatifs en France et dans le monde, on peut dire que :
  • La phase curative est une période dans l'évolution naturelle d'une maladie potentiellement mortelle pendant laquelle la guérison, ou du moins une rémission complète et durable, est une attente réaliste. Le pronostic vital n'est pas en jeu.
  • La phase palliative est celle où le pronostic vital est engagé de façon irrémédiable et l'incurabilité certaine. La maladie est évolutive. Deux phases palliatives peuvent être distinctes, l'une où des soins spécifiques ont une place pour obtenir un ralentissement de l'évolution de la maladie ; l'autre, la phase terminale proprement dite, où plus aucun traitement spécifique n'a d'intérêt. Longtemps, les Soins Palliatifs ont été assimilés à la phase terminale des maladies.

  • Le schéma suivant résume l'intrication des approches palliatives et curatives. Certaines équipes préfèrent parler de "soins continus". En cancérologie, les soins palliatifs correspondent en partie aux "soins supportifs" (ou soins de support) destinés au maintien de la qualité de vie des patients depuis l'annonce du cancer jusqu'à leur guérison ou leur décès.


    Schéma : Périodes curatives et palliatives d'une maladie grave évolutive
    (G. Laval, M.L. Villard)


    2. L'approche globale, une nécessité en soins palliatifs

    Le patient, par la maladie et les expériences de séparation auxquelles elle le confronte, peut vivre une souffrance physique, psychique, sociale et spirituelle. Ce sont la douleur, les différents symptômes présentés, les craintes, les incompréhensions, les pertes diverses (rôle familial, rôle professionnel, perte de l'autonomie, de l'image de soi…), voire la souffrance de l'entourage qui peuvent générer une souffrance globale. Cicely Saunders décrit chez le patient cancéreux en phase terminale la "douleur totale" De ce fait, une équipe pluridisciplinaire associant professionnels, bénévoles et représentant du culte est nécessaire permettant soins et thérapeutiques adaptés ainsi qu'une aide matérielle, psychologique et spirituelle.


    3. Évaluation et traitement de la douleur et des autres symptômes

    En phase terminale, le malade présente en moyenne 3 à 4 symptômes. Ils doivent faire l'objet d'une évaluation quantitative initiale et répétée au cours du suivi à l'aide d'échelles appropriées (Échelle Visuelle Analogique (EVA), Échelle Verbale Simple (EVS)…).

    Comme le propose B. MOUNT, il faut traiter la cause du symptôme chaque fois que possible. L'ensemble des recommandations et traitements proposés ci-dessous sont à adapter en fonction de l'âge, de la fonction rénale et de la fonction hépatique.


    Tableau : principes de traitement de la douleur et des autres symptômes en Soins Palliatifs
    (D'après B. MOUNT, Royal Victoria Montréal, Canada)


    3.1. Douleur

    La douleur est fréquente en soins palliatifs. Son évaluation et son traitement sont décrits dans la Leçon 66 (module 6 : douleur – soins palliatifs - accompagnement. Corpus médical anesthésie-réanimation).


    Tableau : Prévalence de quelques symptômes rencontrés chez les patients en soins palliatifs (%).
    (G. Laval, M.L. Villard)

    On rappelle cependant que la morphine ne présente aucune contre indication à son utilisation chez un patient en phase terminale avec des douleurs nociceptives intenses. La posologie de départ est de 1 mg/kg/jour sauf chez l'insuffisant rénal et la personne âgée (0,3mg/kg/jour). L'augmentation progressive des doses se fait en moyenne par palier de 30 à 50 % par jour. La diversité des morphiniques forts maintenant disponibles en France pour la douleur (morphine, hydromorphone, oxycodone, fentanyl) et la multiplicité des formes galéniques disponibles (comprimé, gélule, solution buvable, solution injectable, patch transdermique, bâtonnet transmuqueux) offrent des possibilités thérapeutiques importantes qui ont trop longtemps fait défaut.


    3.2. Autres symptômes rencontrés

    Leur fréquence varie selon les études. L'asthénie, l'anorexie, la constipation et les troubles neuro-psychiques sont les plus fréquents.


    3.2.1. Constipation


    Elle est très fréquente et gênante. En médecine palliative, elle est souvent multifactorielle, organique (cancer) et/ou surtout fonctionnelle, en grande partie expliquée par la grabatisation et par les médicaments.


    Tableau : principales causes de la constipation chez les patients en Soins Palliatifs
    (G. Laval, M.L. Villard)

    Quand la constipation s'installe malgré de bonnes mesures hygiéno-diététiques (hydratation, fibres, activité physique…) un traitement laxatif devient nécessaire. Il est systématiquement prescrit chez un patient qui reçoit de la morphine.
    Une association classique est le lactulose (Duphalac,1 à 2 sachets X 3/jour) ou le macrogol (Forlax, 1 à 2 sachets, 1 à 2 fois/jour) avec le docusate sodique (Jamylène 1 à 2 comprimés, 3 fois/jour). Les laxatifs irritants à base de séné sont parfois nécessaires.


    3.2.2. Nausées et vomissements


    Ils sont souvent multifactoriels. L'analyse des causes et des mécanismes mis en jeu permet de guider le choix des thérapeutiques. Par exemple, les vomissements par hypercalcémie ou par hypertension intracrânienne sont particulièrement rebelles aux antiémétiques de même que ceux par occlusion intestinale haute, rappelant combien la démarche étiologique est primordiale Souvent, plusieurs antiémétiques associés sont nécessaires, les plus utilisés étant le métoclopramide (Primperan, 30 à 90 mg/24h en 3 prises per os ou par voie sous cutanée en discontinu ou continu) et l'halopéridol (Haldol, 3 à 15 mg en 1 à 3 prises per os, sous-cutané ou IV en discontinu ou continu). Les sétrons (Zophren, Kytril, Navoban, Anzemet…), en dehors des vomissements radio ou chimio-induits, peuvent être essayés dans les vomissements rebelles par syndrome occlusif.


    3.2.3. Occlusion intestinale


    L'occlusion intestinale maligne chez les patients en phase terminale est rarement résecable (cachexie, sténose étagée, adhérences…). La mise en place d'une endoprothèse (stent) digestive reste rare mais possible dans l'occlusion à sténose unique, en particulier haute, pyloroduodénale. La pose d'une sonde nasogastrique (SNG), presque toujours nécessaire à la mise en place du traitement médical, doit rester une mesure temporaire car intrusive. En cas d'échec des traitements médicaux bien conduits, elle doit être remplacée, sauf impossibilité, par une gastrostomie de décharge.


    Schéma : traitement symptomatique de l'occlusion intestinale maligne non résécable
    (D’après les travaux de l'EAPC, G. Laval et M.L. Villard)

    Le traitement médical associe un corticoïde (réduction de l'œdème péritumoral et possible levée d'obstacle), un anticholinergique (antispasmodique et antisécrétoire) ou, si besoin, un analogue de la somatostatine, un antiémétique et un antalgique. Les soins de bouche sont importants et répétés. L'hydratation parentérale est mise en place sauf chez certains patients qui parfois peuvent continuer de boire ou même de s'alimenter à minima (occlusion basse).


    3.2.4. Dyspnée


    C'est une sensation subjective d'inconfort respiratoire avec une impression de "soif d'air". Comme pour la douleur, le patient peut en évaluer l'intensité (EVA, EVS…).

    Les causes de la dyspnée sont essentiellement tumorales, cardiaques, infectieuses ou métaboliques. Lorsque le traitement spécifique de la pathologie en cause n'est plus possible, des traitements étiologiques (diurétique, antibiotiques, anticoagulants, corticoïdes, broncho-dilatateurs autres, oxygénothérapie, physiothérapie…) ou symptomatiques peuvent être proposés.

    Les 2 traitements symptomatiques essentiels sont la morphine et les benzodiazépines.
    La morphine améliore la dyspnée par diminution de la sensibilité des récepteurs aux variations de PaCO2 et de la PaO2 ce qui ralentit le rythme respiratoire avec diminution de l'espace mort. Les doses sont progressives avec au départ 0,5 mg/kg soit environ 2,5 mg toutes les 4h par voie orale (½ dose en SC ou 1/3 dose en IV). Chez un patient déjà sous morphine, on peut augmenter de 30 % la posologie reçue par 24h. En pratique, comme pour la douleur, il est préférable de donner des suppléments à la demande et de réadapter en conséquence la dose de fond.

    Les benzodiazépines améliorent la dyspnée par leur effet anxiolytique et plus accessoirement myorelaxant. Les plus utilisés sont utilise le diazépam (Valium), 2 à 5 mg 1 à 2 fois/jour per os si possible (3 gouttes à 1% = 1 mg) ou par voie rectale. Lorsque la voie orale n'est pas possible, le midazolam (Hypnovel) par voie sous-cutanée ou IV, est utilisée à dose progressive à partir de 5 à 10 mg/24h en continu en respectant les recommandations abordées plus loin dans les situations d'urgence (non disponible en ville).

    Dans tous les cas, des moyens simples de confort sont à mettre en place (présence rassurante, paroles d'explication, courant d'air frais, position semi-assise…). L'oxygène n'est à maintenir que si elle améliore la dyspnée (EVA).


    3.2.5. Toux, encombrement et râles de l'agonie.


    En l'absence de traitement étiologique de la toux et de l'encombrement, on utilise des fluidifiants, l'humidification et la kinésithérapie respiratoire associée à une éventuelle aspiration. Chez le patient en mauvais état général ou en phase terminale, n'ayant plus la force d'expectorer, les mesures précitées sont abandonnées au profit d'un assèchant des sécrétions, la Scopolamine injectable (0,25 à 0,5 mg en sous-cutané ou IV toutes les 4 ou 8h ou en continu) ou en patch (Scopoderm, 1 à 4 patchs toutes les 72h). C'est le traitement de référence (AMM) des râles de l'agonie. En cas de toux non productive, les antitussifs sont nécessaires. La codéïne et, si besoin, la morphine peuvent être efficaces.


    3.2.6. Nutrition, hydratation


    Il s'agit là d'une question très importante en soins palliatifs et qui a fait l'objet de nombreuses publications. Il est important de comprendre que selon l'état du patient, le stade évolutif de la maladie et le bilan nutritionnel la stratégie est différente, allant des simples conseils diététiques à une nutrition entérale ou parentérale. Dans tous les cas, l'alimentation orale est privilégiée. Sauf contre-indication, l'appétit peut être stimulé par une corticothérapie en cure courte de 10 jours de 0,25 à 0,5 mg/kg/jour. Il est important de toujours vérifier l'état buccal et traiter, si besoin, une pathologie.

    L'hydratation des patients en phase terminale a fait l'objet de nombreuses discussions. Le consensus actuel est d'hydrater pour prévenir confusion et agitation. Dans tous les cas, les soins de bouche sont importants et contribuent à l'absence de sensation de soif. En cas de fausse route, l'eau gélifiée est utile. Lorsque la voie orale n'est plus possible et la voie intra-veineuse difficile, la voie sous-cutanée peut être utilisée pour une hydratation de 500 ml à 1l/24h de solution salée isotonique sans addition d'électrolytes ou de glucosé à 2,5 % additionné de 4 g NaCl/l… (un apport trop important peut aggraver l'encombrement bronchique terminal…). Les principaux médicaments utilisables par voie sous-cutanée sont résumés dans ce tableau.


    Tableau : Principales thérapeutiques utilisables par voie sous-cutanée
    (G. Laval, M.L. Villard)


    3.2.7. Troubles neuro-psychiques


    L'anxiété, la tristesse, la dépression font appel, plus qu'aux médicaments à l'accompagnement, ou au soutien psychologique.

    Les états confusionnels doivent toujours faire rechercher une cause somatique, (lésions cérébrales…), métabolique (hypercalcémie…), iatrogène (opiacés forts…)… En l'absence de traitement étiologique possible, seule l'agitation psychomotrice fera prescrire un neuroleptique plus ou moins sédatif (Haldol, Largactil, ou Nozinan…).


    3.2.8. Autres symptômes


    L'asthénie (ou l'impression générale de fatigue), en l'absence de traitement étiologique (douleur, psychasthénie, dénutrition, anémie…), peut être améliorée par une corticothérapie en cure courte.

    Les troubles trophiques sont dominés par les escarres dont la prévention est primordiale (positionnement, effleurage des zones d'appui, matelas anti-escarre…). Selon le stade évolutif du patient, les soins seront curatifs ou palliatifs. On veillera à l'adaptation du traitement de la douleur. A tous les stades, les hydrocolloïdes (Duoderm, Comfeel) peuvent être utilisés. Dans le cas des mauvaises odeurs, un anti-anaérobie peut être associé par voie locale (Flagyl).

    En cas de situations d'urgence, (agitation terminale, hémorragie massive, accès de dyspnée aiguë, souffrance existentielle majeure…), une sédation peut être proposée. Elle fait aujourd'hui l'objet de recommandations (SFAP). Le médicament de choix est le midazolam (Hypnovel) du fait de sa demi-vie courte et de son effet sédatif dose dépendant. Chez l'adulte, il est utilisé en IV à raison de 0,5 mg/2 à 3mn jusqu'à l'obtention de la sédation complète. Pour entretenir la sédation jusqu'au moment prévu du réveil, il faut prescrire une dose horaire égale à 50 % de la dose utile à l'induction, en perfusion intra-veineuse continue. Par voie sous-cutanée, l'injection de départ est de 0,05 à 0,1 mg/kg.


    4.1. Le malade

    Le malade en soins palliatifs vit une crise existentielle difficile, avec des deuils à faire pour accéder à une perspective différente de ce qu'il imaginait et attendait de la vie. L'espoir restera toujours présent mais les ambitions pourront diminuer jusqu'à parvenir parfois à l'acceptation d'une fin inéluctable. Les auteurs s'accordent pour dire qu'il faut maintenir l'espoir dans les limites du raisonnable, c'est à dire de ne pas entretenir de faux espoirs ni décourager le malade. Le code de déontologie médicale article 35 stipule que "le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille, une information légale, claire et appropriée sur son état… un pronostic fatal ne doit être révélé qu'avec circonspection…".

    Les "sentiments et attitudes" vécus par les patients peuvent fluctuer selon les moments. Le patient va vivre le refus, la dénégation, le déni, la révolte, la colère, l'agressivité, la maîtrise (rationalisation…), le repli sur soi, la tristesse, la régression… mais aussi la combativité et l'acceptation ou sublimation.

    Le climat de confiance établi par le médecin, les soignants et les autres partenaires de la santé permet écoute et soutien. Le psychologue aidera le patient à exprimer son vécu et à élaborer autour de ses difficultés, à repérer ses mouvements défensifs, à réaménager ses liens relationnels…

    La souffrance sociale correspond à "la peine" éprouvée par le malade vis à vis de ses proches et de ceux-ci vis à vis de lui. Elle correspond aussi aux difficultés sociales qu'il va vivre (activité professionnelle, questions financières, maintien au domicile…). Les soignants, psychologue, l'assistante sociale, les bénévoles vont intervenir selon les besoins.

    La souffrance spirituelle réside dans le questionnement douloureux que se pose le patient sur le sens de sa vie et de la vie en général. Il s'agit de l'ouverture de la personne à un au-delà de lui-même, à une réalité qui dépasse l'individu. La religion, la philosophie et l'art sont des moyens de vivre cette dimension spirituelle de l'être. L'originalité des soins palliatifs est de faire du soutien spirituel l'un des rôles des soignants et des médecins. Il est donc important de savoir repérer cette souffrance, se situer en attitude d'écoute et si le malade y consent, faire appel à la collaboration des bénévoles ou d'un représentant du culte.


    4.2. Les familles

    Les familles sont éprouvées par la souffrance de leur proche, par les réaménagements
    nécessaires aux changements imposés par la maladie et par la prise de conscience de la séparation à venir. Elles sont, elles aussi, confrontées à la perte et à l'épuisement aussi bien psychologique que physique particulièrement lorsque le patient reste à domicile. Les possibles décalage entre ce que sait le patient et ce que sait la famille, ce que vit le patient ou ce que vit la famille, créent autant des difficultés supplémentaires. Le soutien des familles apporté par les équipes médicales et soignantes, l'assistante sociale et le psychologue trouve toute sa place. Il s'agit d'amener aussi bien des solutions concrètes, qu'un espace d'écoute. Cette écoute pourra être poursuivie après le décès du patient, accompagnant ainsi le nécessaire travail de deuil.


    4.3. Les soignants

    Tous les professionnels de la santé engagés autour des patients et de leurs proches sont eux aussi confrontés à leurs propres questionnements et difficultés. La conscience de ne plus pouvoir guérir et de voir souffrir peuvent être source de désarroi, de culpabilité et d'angoisse. Pour cela, le soignant doit aussi pouvoir s'exprimer et être soutenu, d'où l'importance des réunions d'équipe au sein des services de soins ou entre professionnels libéraux. Il est aussi possible de mettre en place des groupes de parole animés par un psychologue généralement extérieur au service et ouverts à tous les professionnels.


    5. Le travail en équipe pluridisciplinaire et la place des bénévoles en Soins Palliatifs

    L'équipe pluridisciplinaire associe différents professionnels (médecins, psychologue, infirmière, aide-soignante, masseur-kinésithérapeute, assistante sociale, secrétaire médicale…). Leur partenariat dépasse la simple juxtaposition de compétences complémentaires. L'interdisciplinarité qui résulte de ces interrelations nécessite un investissement en réunions et temps de réflexion communs, indispensables à l'élaboration des problèmes rencontrés. Chaque professionnel est responsable dans sa fonction spécifique. La dimension hiérarchique reste pour autant nécessaire au fonctionnement de l'équipe et à sa représentation intra et extra-hospitalière. L'interdisciplinarité peut cependant présenter des difficultés, voire des risques dont celui du chevauchement des rôles où finalement on ne sait plus qui fait quoi. Il s'agit donc d'un processus qui n'est jamais acquis une fois pour toute. Il peut aussi dévoiler des fragilités mises en exergue par l'angoisse de mort favorisée par les problématiques rencontrées en soins palliatifs. Enfin, l'interdisciplinarité représente aussi la possibilité d'apaiser le stress lié à la confrontation au processus du mourir.

    Les bénévoles formés à l'accompagnement de la fin de vie vont "apporter leur concours à l'équipe de soins en participant à l'ultime accompagnement du malade et en confortant l'environnement psychologique et social du malade et de son entourage" (loi 99-477 du 9 juin 1999). Leur intervention, particulièrement en institution, permet de moins médicaliser la mort. Ils représentent la communauté sociale à l'hôpital. La présence de bénévoles et leur mode de collaboration avec les équipes restent variables d'un lieu à l'autre. Dans tous les cas, ils appartiennent à des associations qui se dotent d'une charte et qui organisent leur intervention dans des établissements de santé (convention), ou à domicile.


    6.1. Lois et circulaires – Code de déontologie

    Depuis la loi du 3 juillet 1991, les Soins Palliatifs font partie des missions du service public hospitalier au même titre que les soins préventifs et curatifs. La loi N°99-477 du 9 juin 1999 (voir "pour approfondir") est venue garantir le droit au malade à l'accès aux soins palliatifs. Parmi les avancées considérables qu'elle amène, citons la reconnaissance du droit de la personne malade de s'opposer à toute investigation ou thérapeutique, droit reprécisé dans la loi N° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Lorsque le patient n'est plus en mesure de donner son consentement éclairé, la famille doit être concertée (art 36, art 42 du code de déontologie) "mais elle ne doit pas porter le poids de la décision qui reste une décision médicale". Citons également le droit à un congé d'accompagnement (temps plein, temps partiel ou fractionné) d'une personne en fin de vie, d'une durée maximale de 3 mois, mais non rémunéré.

    Les professionnels de santé sont dans l'obligation de se former en soins palliatifs. Pour la profession médicale, l'arrêté du 4 mars 1997 rend obligatoire l'enseignement des soins palliatifs au cours du 2ème cycle. Le code de déontologie rappelle les devoirs des médecins en matière d'information et d'assistance au patient : selon l'article 37, "en toute circonstance le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou les thérapeutiques" et selon l'article 38, "le médecin doit accompagner le mourant jusqu'à ses derniers moments, assurer par des soins et des mesures appropriées la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort." Ce dernier point est clairement précisé dans l'article 295 et suivants du code pénal.


    6.2. Éthique et fin de vie (Cf. leçon corpus 142:4.3)

    De nombreuses situations de fin de vie posent des questions éthiques, comme celle de l'obstination thérapeutique déraisonnable (ou "acharnement thérapeutique"), de l'euthanasie, de l'information du patient et de son consentement aux soins. En pratique, il s'agit de tout faire pour soulager (principe de bienfaisance), sans entraîner de désagrément et ne pas nuire (principe de non maléficiance). La réflexion pluridisciplinaire et les décisions que de telles questions soulèvent et qui engagent la responsabilité du médecin, doivent s'appuyer sur les principes éthiques proposés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Association Européenne pour les Soins Palliatifs (EAPC) :
  • Le principe d'autonomie : ou chaque personne est considérée comme libre et responsable des décisions qui la concernent, et en particulier celle d'accepter ou de refuser le traitement qui lui est proposé. De ce principe découle le devoir d'informer le patient et de recueillir son consentement (article 35 du code de déontologie).
  • Le principe de proportion : une thérapeutique n'est justifiée que si sa mise en route et ses effets sont "proportionnés" aux bénéfices et inconvénients qu'en tirera le patient.
  • Le principe de futilité : une thérapeutique est sans objet quand elle n'apporte aucun bénéfice au patient ; il est alors tout aussi justifié de l'arrêter qu'il l'aurait été de ne pas l'entreprendre, si l'état du patient avait d'emblée été ce qu'il est devenu.

  • L'euthanasie, en tant que mort délibérément provoquée dans le but de mettre un terme à la souffrance du malade, n'est pas un acte de soins. Les soins palliatifs, par le soulagement et l'accompagnement qu'ils apportent tentent de réduire les situations de souffrance extrême où peut surgir cette question.


    7. Les modalités organisationnelles des Soins Palliatifs en France

    Les principes de l'organisation des soins palliatifs et l'accompagnement en établissement et à domicile sont clairement posés dans la circulaire 2002/98 permettant un développement des soins palliatifs avec l'aide des Agences Régionales d'Hospitalisation (ARH) et des Unions Régionales des Caisses d'Assurance Maladie (URCAM).

    Les différents types de structures existants, dont les 2 principales sont les USP et EMSP, sont amenés à s'inscrire progressivement dans un fonctionnement en réseau afin d'assurer l'indispensable continuité de la prise en charge du patient entre le domicile et les établissements de santé.


    Tableau : modalités organisationnelles des soins palliatifs en France selon la circulaire 2002/98
    (G. Laval, M.L. Villard)


    8. Conclusion

  • Les Soins Palliatifs et d'Accompagnement proposent une approche globale du patient et de sa famille dans une dynamique d'interdisciplinarité et de réadaptation permanente du projet selon le stade évolutif de la maladie du patient.

  • Ils s’efforcent de traiter la douleur et les symptômes pénibles, par une démarche clinique et thérapeutique rigoureuse et ils offrent un soutien au patient et à son entourage. Ils reconnaissent aussi la souffrance des équipes soignantes et encouragent à l’interdisciplinarité et au soutien des professionnels.

  • Les nombreuses questions éthiques rencontrées en fin de vie, imposent au clinicien réflexion et concertation, indispensables à une décision médicale respectueuse du patient, de l’éthique et de la déontologie.

  • Références :

  • Soins Palliatifs pluridisciplinaires chez un malade en fin de vie. G. Laval, M-L. Villard. La Revue du Praticien, 2002; 52:2279-85.
  • Monographie "Fin de vie" : Soins Palliatifs et accompagnement Revue du Praticien n°10, tome 49, mai 1999. 1041-1088.
  • Manuel de Soins Palliatifs : ouvrage coordonné par Dominique Jaquemin. Ed: Dunod. 2001, 776 p.
  • Face à la maladie grave, patients, familles, soignants : M. Ruzniewski, ed Dunod-Privat, 1995 ; 15-58, 157-194.
  • La vie aidant la mort : Cicely Saunders, Mary Baines. Traduction Michèle Salamagne. Edition Medsi. Niort 1986. 102 p.
  • Programme national de développement des Soins Palliatifs 2002-2005. Ministère de l'Emploi et de la solidarité, Ministère délégué à la santé. www.sante.gourv.fr.Février 2002. 48p.
  • Les principales thérapeutiques médicamenteuses en soins palliatifs. B. Sang, G. Laval. Ed. Sauramps Médical, 2001. 162 p.
  • Les principales thérapeutiques en soins palliatifs pédiatriques : médicaments, approche psycho-sociale, retour à domicile. Ouvrage réalisé par une commission de travail de la Fédération des Activités en Soins Palliatifs du et coordonné par C. Armari-Alla, D. Plantaz et G. Laval. Ed. Sauramps médical 2003, 246 p.
  • Guide-conseil de retour à domicile d'un patient hospitalisé ; à l'usage des équipes médicales et para-médicales. Ouvrage réalisé par une commission de travail de la Fédération des Activités en Soins Palliatifs du et coordonné par N. Carlin. Ed. interne CHU. 2002, 65 p.
  • Les nouveaux opiacés forts en Soins Palliatifs. G. Laval, M-L. Villard, B. Sang, M. Mallaret. Médecine Palliative 2002, 1 : 69-87.
  • La sédation pour détresse en phase terminale : recommandations réalisées par un groupe de travail "Sédation en fin de vie" coordonné par V. Blanchet. Société Française d'accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) Med Pal 2002 ; 1 : 9-14.



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