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Les extrasystoles ventriculaires
Docteur Pascal DEFAYE, Professeur Gérald VANZETTO - Octobre 2002 (Mise à jour Janvier 2005)


1. Définition

L'ESV est une contraction cardiaque prématurée d'origine ventriculaire, liée à l'hyperexcitabilité d'un foyer ectopique.


2. Circonstances de découverte variables

  • Palpitations ou auscultation des battements prématurés, sur fond régulier, survenant de façon cyclique ou imprévisible ;
  • très souvent découverte d'ECG systématique ou d'enregistrement Holter.


  • 3. Diagnostic ECG

  • QRS prématuré, non précédé d'onde P, de morphologie différente des complexes de base, élargi (> ou égal à 0,12 seconde) et rappelant l'aspect d'un bloc de branche complet.
  • Le degré de prématurité ou couplage, c'est à dire l'intervalle de temps séparant l'ESV du complexe sinusal présédent, est variable : Plus le couplage est court (phénomène R/T : ESV tombant sur l'onde T du complexe précédent) plus le risque de troubles rythmiques graves est important.
  • La pause post-extrasystolique est en général compensatrice : la somme de l'intervalle R-R' précédent l'ESV et de celui qui la suit (R'-R) équivaut précisément au double de l'intervalle (R-R) habituel séparant deux complexes de base.
  • Les ESV sont monomorphes si le foyer d'origine est unique, polymorphes en cas d'origine multifocale.
  • La récurrence des ESV est variable : Elles peuvent être rares ou fréquentes ; isolées et sporadiques ; cycliques, alternant avec 1 battement de base (bigéminisme), 2 battements de base (trigéminisme) etc Enfin les ESV peuvent être groupées (doublets, triplets, salves).
  • Critères de gravité des extrasystoles ventriculaires :
  • Nombre > 200 par 24 h ou > 10 par minute)
  • ESV polymorphes
  • Répétitives : doublets, triplets, salves
  • Couplage variable
  • Précocité (R/T)
  • Existence d'une cardiopathie sous jacente +++


  • ECG : Extrasytoles ventriculaires unifocales
    Les complexes QRS des extrasystoles ventriculaires sont élargis avec des ondes T et des segments ST déplacés en opposition au complexe QRS des extrasystoles.
    Les extrasystoles unifocales se ressemblent dans la même dérivation.
    (Service de Cardiologie du CHU de Grenoble)


    ECG : extrasytoles ventriculaires multifocales
    Morphologie bizarre de QRS lors des extrasystoles ventriculaires. Les extrasystoles ventriculaires multifocales diffèrent l'une de l'autre dans la même dérivation
    (Service de Cardiologie du CHU de Grenoble)


    ECG : Extrasytoles ventriculaires bigéminées
    Alternance de complexes d'origine sinusale et d'extrasystoles ventriculaires. Intervalle constant (couplage fixe) entre le complexe sinusal et l'extrasystole ventriculaire suggérant que le complexe ventriculaire ectopique est en rapport avec le complexe sinusal
    (Service de Cardiologie du CHU de Grenoble)


    4. Signification pronostique

  • Dans la très grande majorité des cas, les ESV sont idiopathiques, sur coeur sain et le pronostic est excellent. Ce diagnostic est retenu en cas de normalité des examens clinique, radiologique, échocardiographique et en l'absence d'autres anomalies de l'ECG.
  • Ailleurs, l'ESV complique une cardiopathie et il existe un risque de tachycardie ventriculaire et de mort subite.
  • L'infarctus myocardique à la phase aiguë : le traitement (Xylocaine) n'est prescrit qu'en cas de critères de gravité et vise à prévenir le passage vers la tachycardie ventriculaire. A cette phase de l'infarctus les ESV n'ont pas de valeur pronostique.
  • Après la cicatrisation de l'infarctus, et dans les cardiopathies ischémiques, les ESV ont une valeur péjorative et sont un indice indépendant du risque futur de mort subite, surtout si elles sont associées des potentiels tardifs ventriculaires. La détection se fait par holter.
  • Toutes les myocardiopathies, qu'elles soient ischémiques, hypertensives, valvulaires, toxiques, métaboliques ou autres, et ce d'autant plus qu'elles sont parvenues à un stade évolué.
  • Le prolapsus de la valve mitrale et les rares dysplasies arythmogènes du ventricule droit (avec risque de mort subite).
  • Des facteurs extracardiaques pouvant favoriser la survenue de ces ESV, notamment :
  • métaboliques : hypokaliémie, hypomagnésie, hypocalcémie, hypoxie.
  • médicamenteuse : digitaliques, tout anti-arythmique, les sympathicomimétiques (Isuprel, Dobutrex, Dopamine, bronchodilatateurs et myorelaxants utérins...)
  • C'est aussi par l'intermédiaire d'une stimulation du sympathique que l'on explique le rôle favorisant de l'hyperthyroïdie et des excitants tels que la caféine, l'alcool et aussi pour certains le tabac.


  • 5. Traitement

  • Dans les formes idiopathiques : neurosédatif voire bêta-bloquants si les patients sont très symptomatiques. Mais il est souvent possible d'éviter les médicaments en cas d'ESV bénigne sur coeur sain.
  • Infarctus myocardique à la phase aiguë : Lidocaïne (Xylocaine ® 2 à 3 mg/kg au début puis 1,8 à 2,4 g/24 h en IV) uniquement en présence d'ESV menaçantes.
  • Dans le post-infarctus : bêta-bloquants.
  • Dans les cardiomyopathies chroniques : amiodarone ± bêta-bloquants, l'utilisation des autres anti-arytmiques étant généralement néfaste.
  • Systématiquement : rechercher et corriger une dyskaliémie, se méfier d'un surdosage digitalique, dépister une hyperthyroïdie, supprimer un excès de caféine et d'alcool.


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