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Surveillance des porteurs de valves et de prothèses vasculaires
Professeur Gérald VANZETTO (D’après : Collège National des Enseignants de Cardiologie) - Novembre 2002 (Mise à jour Janvier 2005)


1. Les principaux types de prothèse valvulaire

Il existe deux grands types de prothèses valvulaires :

  • les prothèses mécaniques :
  • composée de matériaux inertes et comportant un anneau métallique et un élément mobile de constitution variable, dont les mouvements vont ouvrir et fermer alternativement la prothèse
  • ayant une excellente durabilité et devant, en principe, durer toute la vie du patient
  • dont les inconvénients majeurs sont la nécessité d'un traitement anticoagulant à vie parfaitement équilibré la sensibilité particulière au risque infectieux

  • les prothèses biologiques ou bioprothèses,
  • le plus souvent d'origine animale (sigmoïdes aortiques de porc ou péricarde de veau : hétérogreffes ou xénogreffes), parfois d'origine humaine (homogreffes)
  • comportant en général une armature métallique sur laquelle s'insèrent les valves biologiques
  • dont l'avantage essentiel est de ne pas nécessiter de traitement anticoagulant et de comporter un moindre risque de complications thrombo-emboliques et infectieuses
  • mais dont l'inconvénient majeur est une durabilité inférieure, qui n'excède guère10 ans.


  • 2.1. Fréquence

  • Le patient doit être vu une fois par mois par son médecin traitant, afin de vérifier l'état clinique et l'équilibre du traitement anticoagulant par les anti-vitamines K (AVK).

  • Le patient sera examiné par le Cardiologue au 2-3 ème mois post-opératoire pour la réalisation de l'échocardiogramme-Doppler qui servira de référence. Ensuite, il sera vu par le cardiologue 1 à 2 fois par an, la réalisation d'un écho-Doppler transthoracique tous les 1 à 2 ans étant recommandée.

  • Il est souhaitable que le porteur de prothèse soit muni d'un carnet de surveillance, dans lequel sont indiqués le(s) type(s) de prothèse(s) implantée(s), le niveau d'anticoagulation souhaité et les caractéristiques de la valve à l'écho-Doppler de référence (cf. carte de porteur de prothèse valvulaire). Le patient doit être en permanence porteur de sa carte de groupe sanguin en cas d'accident hémorragique aigu.


  • 2.2. Surveillance clinique

    Elle comporte un examen clinique complet, en particulier cardio-vasculaire, neurologique et infectieux. On recherchera notamment :
  • une fièvre ou un foyer infectieux
  • la réapparition des symptômes ayant justifié le remplacement valvulaire
  • l'apparition de signes fonctionnels tels que dyspnée, récidive d'insuffisance cardiaque gauche ou droite, lipothymies, syncopes…
  • à l'anamnèse et à l'examen clinique des épisodes de déficits neurologiques transitoires ou constitués (AIT, AVC) ou d'ischémie périphérique faisant craindre une thrombose de prothèse
  • des saignements anormaux, des hématomes, une hémorragie ou des signes cliniques en faveur d'une anémie.
  • une modification de l'auscultation qui doit faire suspecter une dysfonction de prothèse :
  • Les bioprothèses ont une auscultation identique à celle des valves natives.
  • Les prothèses mécaniques ont des bruits d'ouverture et surtout de fermeture intenses, claqués, métalliques.
  • Les modifications pathologiques sont la diminution d'intensité ou le caractère variable des bruits d'ouverture ou de fermeture d'un cycle cardiaque à l'autre, l'apparition ou l'augmentation d'intensité d'un souffle systolique, ou l'apparition d'un bruit diastolique surajouté (souffle d'insuffisance aortique en cas de prothèse aortique ou roulement diastolique en cas de prothèse mitrale


  • 2.3. Surveillance radiologique

    Le cliché de thorax permet d'apprécier les modifications de volume de la silhouette cardiaque, qui doit diminuer de taille après le remplacement valvulaire. Il recherchera d'éventuels signes classiques d'insuffisance cardiaque.


    2.4. Surveillance électrocardiographique

    L'ECG permet la surveillance du rythme cardiaque et permet de constater la régression éventuelle d'une hypertrophie ventriculaire gauche ou droite, mais il n'apporte pas d'élément spécifique pour la surveillance de la prothèse. On sera particulièrement attentifs à la survenue de troubles de conduction auriculo-ventriculaire – en particulier après remplacement valvulaire aortique – ou de signes d'ischémie myocardique ou d'infarctus asymptomatique.


    2.5. L'échocardiogramme-Doppler +++

    Il doit être réalisé au moins une fois par an et systématiquement au moindre doute de dysfonction ou de thrombose de prothèse et en cas de syndrome infectieux.

    Il permet :
  • de mesurer les gradients trans-prothétiques, surtout le gradient moyen.
  • de déterminer la "surface utile" de la prothèse.
  • de rechercher une fuite prothétique, intraprothétique ou paraprothétique par désinsertion de la valve.
  • de recueillir les paramètres classiques en particulier de fonction ventriculaire gauche

  • En cas de suspicion de dysfonction de prothèse, l'échocardiogramme-Doppler transoesophagien est d'un apport essentiel, notamment s'il s'agit d'une prothèse mitrale.


    2.6. Surveillance du traitement anticoagulant

  • Un équilibre parfait du traitement anticoagulant par les anti-vitamines K est indispensable, et ceci de manière définitive.
  • La surveillance du traitement AVK par le TP est peu fiable et doit être abandonnée au profit de la surveillance par l'INR (International Normalized Ratio).
  • Ce contrôle doit être réalisé aussi souvent que nécessaire lors de la phase d'équilibration du traitement, puis au moins une fois par mois.
  • Il doit être contrôlé lors de chaque modification de l'ordonnance en raison du risque élevé d'interaction médicamenteuse avec cette classe pharmacologique.
  • Il doit s'accompagner d'une éducation du patient : compréhension de la nécessité du traitement, connaissance de l'INR souhaité, notion de risque thrombotique et de risque hémorragique, risque d'interaction médicamenteuse, port de la carte de groupe sanguin.
  • Les porteurs de bioprothèses ne nécessitent pas de traitement anticoagulant, sauf durant les trois premiers mois post-opératoires ou naturellement s'il existe une autre raison de le prescrire, telle qu'une fibrillation atriale, etc...
  • Dans certains cas particulier, après avis spécialisé, une association AVK + aspirine à dose "antiagrégant plaquettaire" peut être nécessaire (double prothèse mitrale+ aortique avec FA chronique et fonction VG altérée en particulier).

  • Pour les porteurs de prothèses mécaniques, de nouvelle génération, l'INR doit être compris entre 2,5 et 3,0 pour une prothèse aortique et entre 3,0 et 3,5 pour une prothèse mitrale ou un double prothèse mitrale + aortique.


    Tableau : Intensité de l'anticoagulation chez les porteurs de protheses valvulaires
    (Tous droits réservés)

  • Le traitement anticoagulant ne doit jamais être interrompu, sauf en cas d'hémorragie mettant en jeu le pronostic vital immédiat. Dans ce cas, si la neutralisation de l'AVK est nécessaire, on administre du plasma frais ou de petites doses de vitamine K (0.5 à 2 mg).
  • En cas d'extraction dentaire, le patient peut être traité en ambulatoire, avec un INR de 2 à 2.5 (diminution du traitement anticoagulant 1 à 2 jours avant et reprise des AVK à pleine dose le jour même de l'extraction).
  • En cas de chirurgie extra-cardiaque, on arrête les AVK pour obtenir un INR à 1 et on administre de l'héparine de manière à obtenir un TCA > 2 fois le témoin. L'héparine est interrompue de sorte que le TCA soit normal au moment de l'opération et elle est reprise dès que possible en post-opératoire. Le patient ne doit JAMAIS rester sans couverture anticoagulante, et une période de chevauchement héparine + AVK avec contrôle régulier de l'INR et du TCA est quasi-systématique.
  • Rappelons que seule l'héparine non fractionnée a l'AMM pour l'anticoagulation des prothèses valvulaires en France. Néanmoins, les recommandations récentes nord-américaines autorisent l'usage des HBPM dans cette indication, à condition naturellement de les utiliser à dose curative et non préventive, et avec contrôle de l'activité anti Xa.
  • En cas de grossesse, le risque d'accident thrombo-embolique à partir de la prothèse mécanique est majeur avec une morbi-mortalité maternelle et fœtale très élevée. L'attitude classique consiste à mettre la patiente sous héparine durant le 1er trimestre de grossesse (en raison du risque tératogène des AVK) et durant les 15 derniers jours, en maintenant les AVK entre-temps.
  • Les relais AVK – héparine et réciproquement sont les situations les plus à risque pour ces patients et sont souvent la cause d'accidents dramatiques, alors même que ces relais sont réalisés pour des gestes "benins" : ils doivent être réalisés avec la plus grande prudence.


  • 3.1. Complications thrombo-emboliques

  • Elles représentent la complication la plus fréquente des prothèses valvulaires, plus fréquentes avec les prothèses mécaniques qu'avec les prothèses.
  • Elles sont plus fréquentes dans la première année suivant l'implantation de la prothèse, mais le risque persiste au-delà.
  • L'incidence en est plus élevée pour les prothèses mitrales que pour les prothèses aortiques (3,5 % années-patients pour les valves de Starr-Edwards mitrales contre 2 % années-patients pour les mêmes valves en position aortique).

  • Il en existe plusieurs types :


  • 3.1.1. Embolies systémiques


    Accident ischémique transitoire ou constitué, parfois définitif laissant des séquelles. Plus rarement, il s'agit d'une ischémie aiguë d'un membre inférieur, d'un infarctus du myocarde embolique, d'un infarctus rénal ou splénique.


    3.1.2. Thromboses de prothèse


    Elles sont l'apanage des prothèses mécaniques. La thrombose aiguë de prothèse est à l'origine d'accidents brutaux, souvent dramatiques, avec oedème aigu pulmonaire, ou syncope, ou état de choc, voire mort subite ou très rapide en cas d'obstruction majeure. Des embolies périphériques sont souvent survenues dans les jours ou les semaines précédents. Le patient doit être hospitalisé d'urgence, le plus souvent pour réintervention ou plus rarement pour traitement thrombolytique.


    3.1.3. Dysfonction de prothèse


    Dysfonction de prothèse par thrombus gênant les mouvements de l'élément mobile, responsable, parfois parallèlement aux accidents emboliques, à une sténose ou une insuffisance prothétique, avec insuffisance cardiaque.


    3.1.4. Thromboses non obstructives


    Surtout sur les prothèses mitrales, avec thrombus sur la face atriale de l'anneau d'insertion, n'empêchant pas l'excursion de l'élément mobile, mais pouvant être emboligène.


    3.2. Désinsertions de prothèse

  • Elles concernent 5 % des cas et surviennent surtout durant les premiers mois post-opératoires. Elles peuvent être soit spontanées, par lâchage de sutures, soit dues à une endocardite infectieuse.
  • S'il s'agit d'une désinsertion peu importante, elle est asymptomatique et sera suspectée par l'apparition d'un souffle.
  • Si elle est plus importante, elle peut être à l'origine d'une aggravation fonctionnelle avec apparition d'une insuffisance cardiaque ou d'une hémolyse, qui se manifeste par une anémie de gravité variable, avec élévation des LDH, haptoglobine indosable et présence de schizocytes, qui signe le caractère mécanique de l'hémolyse.


  • 3.3. Complications infectieuses

  • L'endocardite infectieuse est une complication redoutable chez lesporteurs de prothèse. Ces sujets sont à risque majeur d'endocardite et doivent bénéficier d'une prophylaxie draconienne, et ceci leur vie durant.
  • Le risque d'endocardite est un peu plus élevé sur prothèse mécanique que sur bioprothèse.
  • Il existe des formes précoces et des formes tardives d'endocardites sur prothèse, qui comportent un pronostic différent :
  • Les endocardites post-opératoires précoces sont la conséquence soit d'une contamination per-opératoire soit à la reprise de l'endocardite infectieuse qui a nécessité le remplacement. Elles sont souvent dues à des germes multi-résistants, le plus souvent staphylocoques. Elles revêtent en général un caractère aigu et se compliquent de désinsertion de la prothèse. Outre l'antibiothérapie adaptée au germe isolé dans les hémocultures, une réintervention précoce est le plus souvent nécessaire. Le pronostic en demeure très sévère, avec une mortalité de plus de 60 %.
  • L'endocardite tardive, survenant au-delà du 2ème mois post-opératoire, se rapproche de l'endocardite sur valve native avec des germes comparables, mais le staphylococque est néanmoins en cause dans 50% des cas. Le pronostic est meilleur que celui de l'endocardite précoce, d'autant que les germes sont généralement moins résistants, mais une réintervention est assez souvent, mais inconstamment, nécessaire.

  • Il faut réinsister sur la prévention et le traitement indispensable de tout foyer infectieux, notamment ORL et dentaire, chez les porteurs de prothèses

  • En cas de fièvre inexpliquée, il est indispensable de réaliser des hémocultures systématiques, avant toute antibiothérapie prescrite à l'aveugle, et une échocardiographie en cas de non réponse rapide au traitement.


  • 3.4. Complications du traitement anticoagulant

  • Les accidents hémorragiques sont d'autant plus à craindre qu'une hypocoagulabilité importante est nécessaire. Le risque hémorragique est estimé à 1,2 % années-patients pour les sujets porteurs de valves mécaniques donc sous traitement anticoagulant permanent. Ce risque fait préférer l'implantation de bioprothèses chez les sujets âgés de plus de 75 ans, chez lesquels le risque hémorragique est le plus élevé et chez lesquels l'on peut espérer une longévité suffisante de ce type de prothèse.

  • Les complications hémorragiques peuvent être de tout type : hémorragie cérébrale, digestive ou hématurie qui doivent faire rechercher une lésion organique sous-jacente, méno-métrorragies, hématome favorisé par un traumatisme... Leur gravité est variable, mais certaines peuvent aboutir au décès. On rappelle l'interdiction de réaliser une injection intra-musculaire à un patient sous AVK.

  • En cas d'hémorragie sévère, le traitement antivitamine K doit être interrompu, mais le maintien d'une anticoagulation par l'héparine est indispensable, en maintenant un TCA de à ± 2 fois le témoin. L'interruption temporaire du traitement anticoagulant est parfois nécessaire, notamment en cas d'hémorragie intracrânienne, dont le pronostic est dramatique dans ce contexte.


  • 3.5. Dégénérescence des bioprothèses

    La détérioration tissulaire des bioprothèses survient inexorablement avec les années, avec apparition de calcifications ou de déchirure, responsables de sténoses et/ou de fuites valvulaires imposant la réintervention.


    3.6. Complications rares

  • L'hémolyse est constante, minime et infra-clinique, due au traumatisme des hématies sur la prothèse. Les hémolyses pathologiques sont rares avec les prothèses actuelles et se voient surtout en cas de dysfonction, et notamment de désinsertion.
  • La fracture d'une ailette ou du disque avec embolisation de l'élément rompu est exceptionnelle.


  • 4. En résumé

  • Les porteurs de prothèses valvulaires sont exposés à un certain nombre de complications, notamment thrombo-emboliques, surtout lorsqu'il s'agit d'une prothèse mitrale. Les embolies artérielles périphériques, notamment cérébrales, représentent la complication la plus fréquente des prothèses.
  • Le risque hémorragique est également important chez les patients dont l'anticoagulation est difficile à stabiliser, ou à l'occasion de traumatisme, et ce d'autant plus que le sujet est âgé.
  • L'endocardite infectieuse sur prothèse demeure une complication redoutable, grevée d'une très lourde mortalité malgré les progrès de l'antibiothérapie et de la chirurgie.
  • Le diagnostic des dysfonctions de prothèse fait surtout appel à l'échocardiogramme-Doppler transthoracique et transoesophagien. Le diagnostic en demeure difficile et l'examen nécessite un échographiste entraîné.
  • La surveillance du traitement anticoagulant et l'obtention d'un équilibre parfait de celui-ci est indispensable et doit être l'objectif principal du suivi effectué par le médecin traitant.
  • La prévention de l'endocardite infectieuse doit être draconienne chez ces patients à haut risque infectieux.


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