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Le diabète de type 2 ou diabète non insulino-dépendant (DNID) (223b) Professeur Serge HALIMI - Avril 2003 (Mise à jour Février 2005) 1. Introduction Le diabète de type 2 représente la forme la plus répandue de diabète, sa fréquence croit dans les pays développés mais aussi dans les pays en voie de développement. Il constitue un problème majeure de santé publique, il représente la première cause d’insuffisance rénale dans tous les pays occidentaux, d’un quart à un tiers des causes d’infarctus du myocarde chez l’homme et chez la femme, la première cause d’artériopathie des membres inférieurs, une des grandes causes d’accidents vasculaires cérébraux, enfin parmi les rétinopathies secondaires au diabète (restant la première cause de cécité acquise), la majorité concernent des diabétiques de type 2. Il convient de prendre en compte l’ensemble des facteurs de risque cardiovasculaire des diabétiques de type 2 : glycémie, lipides, pression artérielle, car plus de la moitiés d’entre-eux présentent ces troubles associés d’emblée ou progressivement. Parmi-eux les néphropathes sont ceux qui présentent le plus haut risque cardiovasculaire. On reconnaît aujourd’hui l’importance d’un contrôle optimum de la TA pour protéger le rein comme la rétine et bien entendu le RCV. En France, le diabète de type 2 concerne environ 2,2 millions d’individus, 10 % de la population au delà de 60 ans et plus de 15 % après 70 ans. 2. Définition Le diabète de type 2 qui touche les deux sexes avec une discrète majorité masculine, concerne surtout des individus âgés de plus de 50 ans, il est toutefois en progression chez les sujets entre 30 et 50 ans et même en train d’apparaître comme une complication fréquente de l’obésité de l’enfant, surtout au U.S.A. On estime que 80 % de l’ensemble des diabétiques sont des diabètes de type 2, 80 % d’entre eux étant en surpoids ou obèses. Le terme diabète non insulino-dépendant a été abandonné pour diabète de type 2, car si au moment du diagnostic et pendant au moins une décennie l’insulino-thérapie n’est pas nécessaire au traitement, celle-ci au contraire, est souvent indispensable ou très utile (diabète insulino- requérant ou insulino-nécessitant) après plusieurs années d’évolution, du fait d’une insulinopénie progressive et inéluctable. Cette forme de diabète, par sa fréquence, est responsable de la très grande majorité des complications liées à l’ensemble des diabètes. Ainsi, ce diabète longtemps qualifié de « petit diabète », est en réalité un redoutable et « silencieux » pourvoyeur de complications. 4. Physiopathologie Elle est complexe et associe : 5. Hérédité Elle est fortement présente dans cette affection, l’absence d’hérédité chez un patient suspecté de diabète de type 2, devant faire discuter une autre cause de diabète. Il existe ainsi une concordance supérieure à 90 % chez les jumeaux monozygotes, on trouve des familles ou des groupes ethniques très affectés par cette forme de diabète, enfin, certaines formes rares (MODY), sont dues à des mutations monogéniques et n’entrent pas dans le cadre du diabète de type 2. Toutefois, la plupart des diabètes de type 2 sont vraisemblablement secondaires à des troubles polygéniques. L’environnement joue un rôle important expliquant la forte augmentation de prévalence de cette affection. L’excès pondéral, l’excès d’apport calorique et principalement d’origine lipidique, la sédentarité jouent des rôles déterminants dans l’émergence de cette affection. De plus, parmi les obèses, ceux dans la répartition des graisses est centrale ou androïde sont ceux qui deviennent diabétiques de type 2 (voir chapitre obésité). 6. Clinique Le diagnostic de diabète de type 2 est très souvent retardé, de 10 à 25 % de patients présentant déjà des complications au moment du diagnostic. La symptomatologie est modérée voire absente chez nombre de patients, le syndrome polyuro-polydypsique sans amaigrissement étant l’apanage des formes les plus hyperglycémiques. Lors de poussées hyperglycémiques, les symptômes évocateurs sont présents : Une maladie infectieuse intercurrente, une corticothérapie, un traumatisme, infection intercurrente, une chirurgie, sont volontiers à l’origine du diagnostic : l’accroissement de l’insulino-résistance en regard d’une insulinopénie relative débouchant sur une majoration de l’hyperglycémie. L’existence d’une hypertension artérielle et/ou d’une dyslipidémie mixte (IIb ou IV) chez un sujet d’âge moyen, surtout en surpoids et de répartition androïde, doit faire rechercher un diabète de type 2. 7. Biologie Le diagnostic de diabète est aujourd’hui porté à partir 1,26 g/l (7mmol/l) de glycémie à jeun (vérifiée à 2 reprises), ou d’une glycémie à 2 g/l à n’importe quel moment de la journée (même après un repas). Une glycémie entre 1,10 et 1,25 g/l doit être vérifiée, si elle est confirmée, on parlera d’intolérance au glucose pouvant évoluer vers un diabète de type 2. Il est alors légitime, de mettre en place des mesures de prévention pour réduire l’évolution vers le diabète de type 2 (activité physique, modification qualitative et quantitative de l’alimentation). Les mesures des glycémies capillaires ou de l’Hémoglobine glycosylée ou glyquée (HbA1C) ne sont pas considérées aujourd’hui comme des moyens de dépistage du diabète. Ce sont en revanche d’excellents moyens de surveillance du diabète, glycémie capillaire pour motiver le patient et l’aider à gérer sa maladie et HbA1C : examen trimestriel permettant de connaître rétrospectivement l’équilibre glycémique moyen et de préciser si les objectifs sont atteints (objectif idéal <= 6,5 %). La glycosurie : elle est souvent un moyen de dépistage (médecine du travail) de diabète. Toutefois, le seuil rénal du glucose étant ≥ à 1,8 g/l, la glycosurie, surtout à jeun, est très en retard sur le diagnostic (5 à 10 ans). L’HGPO : elle n’a pas sa place dans le diagnostic du diabète de type 2, lorsque la glycémie à jeun est >= 1,26 g/l contrôlée. Cétonurie : elle est pratiquement toujours absente dans cette forme de diabète, même en cas d’insulinopénie importante. Toutefois, sa présence signe une carence insulinique très profonde, elle doit donc être recherchée chez tout diabétique de type 2 en cas de fortes poussées hyperglycémiques, de perte de poids rapide, ou de symptomatologie clinique tapageuse. 8. Histoire naturelle 8.1. Phase d’insulino-indépendance 8.2. Evolution vers l’insulino-requérance Après 10 à 20 années d’évolution, un nombre élevé de patients diabétiques de type 2, même bien soignés, peut évoluer vers une résistance au traitement anti-diabétique oral (ADO) et aux mesures hygiéno-diététiques avec discrète tendance à la perte de poids, souvent très lente, accroissement progressif et inéluctable des marqueurs de contrôle glycémique (HbA1c constamment > 8,5 %, souvent 10 à 14%). Cette situation reflète une carence insulinique et ne doit pas faire retarder l’instauration d’une insulinothérapie selon des modalités variables (voir chapitre traitement). On doit garder à l’esprit : ATTENTION : Tout échec du contrôle glycémique sous ADO à fortes doses n’est pas synonyme d’insulinopénie ou d’évolution vers un type 2 insulino-requérant, mais peut correspondre à : 9. Complications métaboliques 9.1. Coma hyper-osmolaire Il s’agit de sujets très âgés, diabétiques de type 2 qui à l’occasion d’une situation favorisant la déshydratation (infection, grande chaleur, faible accès aux apports hydriques) majorent leur glycémie de façon très sévère, sans signe de cétose ou d’acidose, le diagnostic n’est pas fait, l’hyperglycémie dépasse généralement 25 mmol/l (5 g/l), les troubles de conscience s’installent, la mortalité est très élevée (20 à 40 %). Cette situation est majorée par l’administration de diurétiques, les troubles de la soif, à l’inverse elle est prévenue par la mise à l’insuline plus précoce des diabétiques insulino-requérants en particulier âgés. 9.2. L’acidocétose Elle est rare chez le diabétique de type 2, elle doit faire discuter le cadre nosologique (type 1 lent LADA ou pseudo type 2), elle est le plus souvent consécutive à un facteur précipitant : stress majeur, traumatisme, infarctus du myocarde, corticothérapie, infection grave. Elle relève d’une prise en charge similaire à celle d’un diabétique de type 1 et repose bien entendu sur l’insulinothérapie et l’hydratation. 9.3. L’acidose lactique Il s’agit d’une complication exceptionnelle mais redoutable. Elle requiert l’existence d’une situation d’hypoxie tissulaire grave (insuffisance cardiaque, hépatique, voire rénale) et d’autres facteurs dont la prise de Biguanide. Ceci contre indique l’administration de cette famille d’anti-diabétiques oraux, en cas d’insuffisance cardiaque ou hépatique importante et d’insuffisance rénale. 10. Le traitement 10.1. Les objectifs Un très grand nombre de diabétiques de type 2 associent hyperglycémie, hypertension artérielle, dyslipidémies en général mixtes (cholestérol modérément élevé, HDL bas, triglycérides hauts). Ce sont donc des patients à haut risque cardiovasculaire. Le traitement vise donc à corriger l’hyperglycémie et à maîtriser de façon très exigeante l’ensemble des autres facteurs de risque. Il a récemment été recommandé (ANAES) d’atteindre une hémoglobine glyquée à 6,5 % le plus souvent possible, à maintenir ou renforcer le traitement entre 6,5 et 8 % d’ HbA1c selon le contexte. Au delà de 8 %, le traitement devra toujours être rediscuté. Certes, les objectifs doivent être adaptés au contexte, en particulier: âge, espérance de vie du sujet et risque hypoglycémique propre à un individu. 10.2. Les outils du traitement 10.2.1. Règles hygieno-diététiques 80 % des patients sont obèses, ou en surpoids important, la perte de poids améliore la sensibilité à l’insuline. On considère que réduire de 5 à 10 % le poids corporel (3,5 à 7 kg pour une personne de 70 kg) permet d’atteindre le maximum d’amélioration des paramètres métaboliques que l’on peut attendre d’une perte de poids. Celle-ci doit s’accompagner de modifications de la qualité des nutriments et en particulier réduire les apports lipidiques à 30 à 35 % de la ration, ces lipides seront pour 1/3 monoinsaturés, 1/3 polyinsaturés, 1/3 saturés. Entre 50 et 55 % de la ration se fera sous forme glucidique (amidon à index glycémique faible, fibres, légumineuses, peu de sucres rapides), le reste sous forme de protéines. Les aliments à fort index glycémique sont à éviter, en particulier en dehors de repas. L’alimentation sera répartie en trois prises alimentaires principales. L’alcool représente un apport calorique important et une cause fréquente de déséquilibre glycémique : le sevrage ou une forte limitation des apports est indispensable 10.2.2. Exercice physique La sédentarité est un facteur important par réduction de la consommation et du stockage de glucose par le muscle, inactivité accentuant l’insulino-résistance du tissu musculaire. La réintroduction d’une activité physique progressivement (après ECG d’effort chez les patients plus âgés ou à haut risque, ou souhaitant reprendre une activité intensive), si possible > 1h trois fois par semaine, même modérée (dont marche, jardinage, vélo d’appartement) constitue un élément clé du succès. De plus, en période d’amaigrissement même modéré, l’activité physique permet d’épargner la masse maigre au profit d’une perte de masse grasse. 10.2.3. Les anti-diabétiques oraux Ils ne sont utilisés qu’après échec ou effet insuffisant des mesures hygieno-diététiques (HbA1c> 6,5 %). On distingue quatre familles d’anti-diabétiques oraux : 10.2.3.1. Les insulinosécréteurs Sulfamides, hypoglycémiants ou sulfonylurés et plus récemment Glinides. Spécialités : Effets secondaires : Les hypoglycémies secondaires aux sulfamides hypoglycémiants sont graves, durables, récurrentes, rechute après une correction de l’hypoglycémie (Cf durée d’action) et chez la plupart des patients âgés ou fragiles elles imposent l’hospitalisation. L’indication de ces insulino-sécréteurs est le diabète de type 2 dont l’indice de masse corporelle est inférieur à 28 ou IMC > 28 mais si contre-indication ou intolérance des biguanides. D’autres complications des Sulfamides sont rares ou exceptionnelles : prurit, cholestase. 10.2.3.2. Les biguanides La Metformine : est aujourd’hui le seul représentant de cette famille, elle n’a aucune action sur l’insulinosécrétion. Son action principale est de réduire l’excès de production hépatique de glucose du diabétique de type 2. On assimile son action à une réduction de « l’insulinorésistance hépatique ». Des travaux plaident pour une action sur la sensibilité à l’insuline du muscle. Enfin, la metformine semble exercer un effet sur le poids des patients diabétiques : effet anorexigène ou autre mécanisme. Il s’ensuit que cette molécule est très logiquement le premier ADO à introduire chez le patient diabétique de type 2 obèse ou en surpoids (IMC>28 kg/m2) en l’absence de contre-indication ou intolérance. En effet elle réduit l’hyperglycémie sans exposer à l’hypoglycémie en favorisant la perte de poids (hypoglycémie impossible en monothérapie même chez des patients au début du diagnostic selon les nouveaux critères : 1.26g/l). L’effet pondéral favorable se confirme lorsque la metformine est associée aux insulino-sécréteurs, au TZD ou à l’insuline. L’étude UKPDS qui comprenait un « bras » « DT2 obèses» a permis de démontrer que le traitement en première intention par la metformine (résultats en ITT) réduit de façon très significative : les complications de microangiopathie et de macroangiopathie. Posologie : les doses efficaces semblent se situer entre 1700 et 3000 mg/jour. Toutefois elles devront être atteinte très lentement, paliers de plusieurs semaines afin de réduire les effets secondaires digestifs surtout : surtout diarrhées et douleurs gastriques. La prise se fera en cours ou en fin de repas. Il persiste toutefois des patients qui demeurent totalement intolérants à la metformine malgré une progression lente des doses. L’effet ne s’exerce pas immédiatement après la prise médicamenteuse (pas d’horaire privilégié selon les horaires des anomalies de la glycémie). Spécialités : Effets secondaires : 10.2.3.3. Les inhibiteurs des alpha-glucosidases (IAG) Ils agissent exclusivement dans le tube digestif (pas ou peu de passage systémique). L’action consiste à bloquer partiellement la digestion des sucres complexes : polysaccharides et amidons et d’amortir ainsi les pics post-prandiaux. La digestion est repoussée plus loin sur le tractus digestif y compris sur la première partie du colon (action des enzymes de la flore microbienne) d’où une production accrue de méthane et les effets secondaires : ballonnement, flatulence et abondance de gaz intestinaux. Ce phénomène dépend des individus, de la posologie et de la vitesse de progression des doses, de l’association à des régimes riches en fibres. On comprend que les doses initiales devront être faibles puis augmentées très lentement. La puissance hypoglycémiante moyenne de ces molécules est plus modeste que celle des deux familles précédentes (0.3 à 0.5% de baisse d’ HbA1c). L’effet hypoglycémiant s’exerce principalement sur les GPP. Spécialités : Effets secondaires : 10.2.3.4. Les thiazolidine-diones (TZD) Les TZD sont de découverte plus récente, elles agissent en liant un récepteur nucléaire et en qualité d’agoniste des PPARγ (lié naturellement par des acides gras) induisent des modifications de l’expression de molécules régulant la maturation des adipocytes et du métabolisme adipocytaire. Il s’ensuit une action sur la sensibilité à l’insuline des adipocytes puis sur l’insulinorésistance du muscle (par la baisse des taux d’AGL circulants) et par ailleurs agirait en réduisant la quantité de tissu adipeux abdominal, les lipides circulants (baisse des TG et hausse du HDL cholestérol), modestement la pression artérielle. Certains travaux avancent un effet de protection de la cellule bêta de l’îlot de Langerhans (anti apoptose ?). De tels effets annoncés ont conduit à la mise en place de protocoles visant à étudier à long terme : l’effet de prévention d’apparition du diabète de type 2 chez les sujets à risque d’une part et sur le risque cardiovasculaire des sujets diabétiques de type 2 d’autre part. En monothérapie (non autorisée en Europe), de par son mode d’action, le risque hypoglycémique est nul. La puissance hypoglycémiante se situerait autour de –1% d’ HbA1c. On constate volontiers une tendance à la prise de poids (limitée à + 2 à + 4kg) limitée par la prise concomitante de metformine. Cette association est donc particulièrement pertinente (IMC >28) si la metformine seule ne permet pas d’atteindre les objectifs glycémiques. L’association aux insulino-sécréteurs est logique en cas d’impossibilité d’utiliser l’association aux biguanides (contre indication ou intolérance de la metformine). Les effets secondaires sont à l’origine de la contre indication, en Europe, de leur association à l’insuline. En Europe, l’AMM n’autorise pas la monothérapie ni l’association à l’insulinothérapie. Spécialités : Effets secondaires : 10.2.3.5. L’insulinothérapie L’insuline peut être entreprise à divers stades de la maladie. 10.2.3.6. Les autres Molécules Plusieurs nouvelles molécules sont en préparation : |