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Les kystes de l'ovaire
Professeur Pierre BERNARD - Septembre 2002


1. Définition

Il existe de nombreuses variétés de tumeurs ovariennes à contenu liquidien et l'on distingue en général :
  • les kystes fonctionnels qui doivent être respectés,
  • les kystes organiques qui doivent être étudiés histologiquement car ils peuvent se compliquer, dégénérer.

  • En ce qui concerne la dégénérescence, on pense, à l'heure actuelle, qu'il existe des kystes bénins, cystadénomes bénins, des kystes à la limite de la malignité dits tumeurs "borderline". Les kystes bénins sont classés en quatre catégories principales :
  • les kystes séreux,
  • les kystes dermoïdes,
  • les kystes muqueux,
  • les kystes endométriosiques à contenu hémorragique.


  • 2. Clinique

    Les kystes de l'ovaire sont très souvent latents et découverts par la perception d'une masse pelvienne ou remontant au-dessus de la symphyse ou encore lors d'un examen échographique systématique dans la période péri-ménopausique. Parfois, c'est à l'occasion d'un examen décidé devant :
  • une sensation de pesanteur,
  • tiraillement dans le petit bassin,
  • des anomalies des règles,
  • des troubles urinaires : dysurie, pollakiurie,
  • une infécondité.


  • 2.1. L'examen révèle

    Une masse pelvienne d'abord qui est tendue, indolore, mais surtout indépendante de l'utérus. Les mouvements du col, pris entre deux doigts vaginaux, n'entraînent pas le déplacement de la main abdominale posée sur le pôle supérieur de la masse. Un doigt vaginal dans le cul-de-sac latéral s'interpose facilement entre le corps utérin et le kyste donnant l'impression d'un sillon entre l'utérus et la masse annexielle.
    Si le kyste est volumineux ou évolué, il a alors une localisation abdomino-pelvienne voire abdominale. Il convient alors de le distinguer cliniquement de l'ascite par l’existence :
  • d’une matité convexe en haut
  • d'un vide sous-costal en position demi-assise
  • et par l’absence de matité dans le flanc.

  • Toutefois, le diagnostic est très difficile cliniquement car il peut être gêné par des adhérences ou encore par un kyste enclavé dans le Douglas ou inclus dans le ligament large.


    2.2. Les examens complémentaires

    Trois examens sont particulièrement importants :


    2.2.1. L’échographie


    L'échographie qui va permettre de préciser qu'il s'agit bien d'un kyste dont on précise les dimensions et les caractères : uni ou multiloculaire, l'épaisseur des parois, l'existence ou non de végétations endo ou exokystiques. Les caractéristiques échographiques font évoquer en présence d'un kyste la possibilité d'une dégénérescence maligne.


    Photo : vue échographie d'un kyste de l'ovaire avec végétation endokystique
    (P. Bernard)


    2.2.2. La radiographie simple de l’abdomen


    La radiographie simple de l'abdomen peut être utilisée pour rechercher des calcifications lorsqu'il y a un kyste dermoïde.


    2.2.3. La coelioscopie


    La cœlioscopie sera indiquée pour préciser la nature histologique du kyste et procéder à l’exérèse endoscopique de la paroi du kyste.


    Photo : aspect coelioscopique d'un kyste de l'ovaire
    (P. Bernard)


    Photo : ponction coelioscopique d'un kyste de l'ovaire
    (P. Bernard)


    3.1. Les complications dégénératives

    Actuellement l’ensemble des auteurs modernes, F. CABANNE (Dijon), R.E. SCULLY (Boston), estiment que le caractère bénin ou malin des tumeurs ovariennes est fixé d’emblée et que les formes de passage de l’une à l’autre de ces états, bien qu’encore admises pour les tumeurs « borderline », soient de plus en plus rarement rencontrées. Le problème reste donc posé des kystes présentant des végétations intra mais surtout extra-kystiques qui doivent être considérées comme des tumeurs « borderline ».


    3.2. Les complications non dégénératives


    3.2.1. La torsion du kyste de l’ovaire


    La torsion du kyste de l’ovaire est le plus fréquemment rencontrée. Il s’agit d’un accident aigu, avec de violentes douleurs abdominales constantes, vives, sans colique véritable. Un état de choc s’installe rapidement et le ventre se météorise sans que la défense pariétale soit évidente. L’examen échographique reconnaît la présence d’une tumeur kystique en localisation soit pelvienne, soit abdominale.


    3.2.2. L’hémorragie


    L’hémorragie : elle est le plus souvent intra-kystique mais elle peut être intra-péritonéale.


    3.2.3. La rupture


    La rupture : la rupture du kyste ovarien, même volumineux ,se traduit cliniquement par une violente abdomino-pelvienne et la disparition à l’examen clinique de la masse pelvienne. Il existe des ruptures :
  • aseptique s’accompagnant d’un syndrome abdominal aigu, rappelant à l’étage hypogastrique celui de la perforation de l’ulcération duodénale,
  • septique qui surviendra à la suite, d’une torsion du pédicule du kyste et du sphacèle qui en résultera et/ou de la perforation d’un kyste infecté.


  • 3.2.4. L’infection subaiguë


    L’infection subaiguë : elle évolue aussi par poussées successives qui résisteront aux traitements médicaux.


    3.2.5. Compressions


  • Compression vésicale avec une pollakiurie digestive avec des constipations et un état sub-occlusif.

  • Les développements monstrueux de certains kystes, atteignant plusieurs décalitres avec œdème des membres inférieurs, compression de la veine cave, menant au faciès de Spencer Wells.


  • 3.2.6. Au cours de la grossesse 


    Au cours de la grossesse :
  • Les kystes peuvent se compliquer : torsion, infection, voire rupture. Il faut y penser dans les suites de couches.
  • Un kyste abdominal peut déterminer une présentation dystocique.
  • Les kystes pelviens praevia forment des obstacles irréductibles car ils n’ascensionnent pas contrairement aux fibromes.
  • L’intervention se justifie au cours du quatrième mois (après le relais placentaire).


    4.1. La cœliochirurgie représente le traitement préférentiel des kystes ovariens

    L’endoscopie gynécologique permet de contrôler l’état de la paroi du kyste, de procéder à son exérèse dans le même temps opératoire : kystectomie par cœliochirurgie.
    La présence d’une endométriose évoluée avec de très nombreuses localisations péritonéales et des adhérences digestives indiquera un traitement antigonadotrope mettant au repos complet les ovaires permettra d’obtenir une régression des kystes et facilitera leur exérèse endoscopique ultérieure, après 6 à 9 mois de traitement.
    L’examen histologique extemporané de la tumeur apporte le diagnostic POSITIF.


    4.2. La laparotomie

    La laparotomie n’est indiquée que lorsqu’il existe une suspicion de malignité ou pour les tumeurs à la limite de la malignité.
    La laparotomie permet d’effectuer un contrôle de l’ensemble de la cavité abdominale et, en cas de signes de malignité, une intervention élargie et radicale de sécurité.


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