4. Diagnostic
Par définition la pseudopolyarthrite rhizomélique est un syndrome clinique d’étiologie inconnue et pour donner plus d’homogéneité aux études cliniques, différents critères de classification diagnostique ont été proposés.
Les critères les plus souvent utilisés font référence aux travaux de Bird, de Jones et Hazleman, de Hunder, de Healey.
Les premiers critères diagnostiques ont été proposés par Bird qui en comparant sur des données rétrospectives 146 patients ayant une PPR diagnostiquée de façon consensuelle par des experts à 253 patients pouvant avoir un état pathologique prêtant à confusion, a dégagé 7 critères discriminants : douleurs bilatérales des épaules et/ou un enraidissement, installation de la symptomatologie en moins de 2 semaines, VS supérieure à 40 à la première heure, enraidissement matinal supérieur à 1 h, âge supérieur ou égal à 65 ans, dépression et/ou un amaigrissement et sensibilité bilatérale des membres supérieurs.
Pour Bird la présence de 3 de ces critères rend le diagnostic probable avec une sensibilité de 92 % et une spécificité de 80 % en prenant pour référence l’opinion consensuelle mais ces critères ont une sensibilité et une spécificité moins bonne sur d’autres cohortes.
La réponse aux corticoïdes était délibérément exclue des critères alors que cette réponse est actuellement volontiers acceptée comme élément diagnostic.
Trois autres ensembles de critères de classification diagnostique sont fréquemment cités dans la littérature.
Jones et Hazleman retiennent les douleurs des épaules et de la ceinture pelvienne sans atteinte de la force musculaire, la raideur matinale, la durée supérieure à 2 mois sans traitement, la VS supérieure à 30 ou la CRP supérieure à 6 mg/l, l’absence d’atteinte rhumatoïde ou inflammatoire ou de cancer, l’absence de signes objectifs de maladie musculaire et la réponse rapide et totale aux corticoïdes.
Hunter retient l’âge supérieur à 50 ans, l’absence de facteur rhumatoïde et un test d’anticorps antinucléaires négatif et au moins 3 des signes suivants :
douleur du cou et des épaules ou de la ceinture pelvienne, raideur matinale supérieure à 1 h, VS élevée.
Healey reprend les critères de Hunter et y ajoute la réponse rapide à 20 mg de Prédnisone.
Bien que la PPR ne soit qu’un syndrome clinique pouvant constituer une présentation clinique commune de différentes pathologies et qu’il n’y ait pas de consensus sur les critères d’exclusion du diagnostic, il est le plus souvent admis que cette étiquette doit être réservée aux patients ayant une PPR idiopathique et que les autres diagnostics sont des diagnostics différentiels, le statut de la maladie de Horton (M.H.) étant cependant particulier.
Il existe des liens étroits entre la PPR et la M.H. au point que de nombreux auteurs considèrent que la PPR est une expression symptomatique du processus de vascularite qui caractérise la M.H.
Bien que la PPR soit plus fréquente que la M.H., les similitudes épidémiologiques sont nombreuses et il existe des familles dans lesquelles sont rapportées à la fois des PPR et des M.H.
40 à 60 % des patients présentant une M.H. ont des critères diagnostiques de PPR, les signes musculo-squelettiques de PPR pouvant survenir avant, simultanément ou après les symptômes de la M.H.
10 à 20 % des patients présentant une PPR sans signes céphaliques ont des biopsies positives.
Si une grande majorité des patients présentant une PPR sans signes céphaliques ont des biopsies d’artère temporale négatives, Weyand a retrouvé en l’absence de signes histologiques de vascularite en microscopie optique une surexpression de l’ARm, de l’IL2 et des autres cytokines provenant des macrophages et de cellules T à l’exception de l’IFN-.
Malgré ces similitudes, il n’est pas sans importance de distinguer les patients qui ont une PPR pouvant être traitée par faible dose de corticoïdes sans risque de voir survenir des complications de M.H., de ceux qui ont une probabilité plus élevée de complications oculaires. L’existence de manifestations céphaliques est l’élément le plus discriminant, la biopsie d’artère temporale ne s’imposant pas en leur absence.
Les polyarthrites rhumatoïdes (P.R.) du sujet âgé peuvent avoir un début brutal avec une atteinte rhizomélique. Celle-ci est cependant rarement isolée et l’on constate habituellement des arthrites périphériques notamment distales aux mains (métacarpophalangiennes, interphalangiennes proximales) avec amyotrophie rapide des interosseux. L’existence d’érosion débutante est un excellent signe en faveur d’une PR ainsi que la présence d’un facteur rhumatoïde ou d’anticorps anti-kératine, mais ces éléments sont souvent d’apparition retardée par rapport aux premiers signes cliniques et il est parfois nécessaire d’attendre plusieurs mois pour préciser ou rectifier un diagnostic et 9 à 15 % des patients répondant initialement aux critères diagnostiques de PPR peuvent présenter des critères diagnostiques de PR en cours d’évolution.
Le syndrome de Mac Carty ou polyarthrite aiguë bénigne oedémateuse du sujet âgé ou RS3PE (Remiting Symetrical Seronegative Synovitis With Pitting Oedema) est considéré comme une synovite bénigne qui comme la PPR concerne les sujets âgés, répond de façon spectaculaire à de faibles doses de Cortisone et n’est pas responsable de destructions articulaires. Une atteinte proximale a été décrite chez des patients présentant une symptomatologie de RS3 PE et un œdème des extrêmités chez 8 % des malades présentant une PPR et dans certains cas ces deux syndromes pourraient être des manifestations différentes de la même synovite bénigne.
Un tableau de PPR peut s’observer en association avec des tumeurs hématologiques ou des tumeurs solides. Il peut s’agir de cancers disséminés avec métastases osseuses et articulaires. Plus rarement la PPR est de type paranéoplasique. Le diagnostic de PPR peut précéder le diagnostic de cancer de 1 à 3 mois. Il existe fréquemment des atypies dans la présentation clinique qui peuvent concerner l’âge, l’atteinte d’un seul site, l’asymétrie de la symptomatologie, l’amélioration partielle ou retardée sous corticoïdes.
27 % des patients présentant une EI ont des symptômes musculo-squelettiques et certains peuvent être victimes d’une erreur diagnostique.
Les myalgies d’une polymyosite ou les arthromyalgies d’un LEAD, d’une autre connectivite, ou d’une vascularite peuvent être confondues avec une PPR d’autant plus qu’elles peuvent répondre à une faible dose de corticoïdes. Cependant il n’existe habituellement pas dans la PPR de faiblesse musculaire, les enzymes musculaires et les études électromyographiques sont normales.
Une myopathie hypothyroïdienne peut être confondue avec une PPR.
Une amyloïdose primaire systémique peut comporter une symptomatologie de PPR. Si un patient porteur d’une gammapathie monoclonale ne répond pas à une corticothérapie, un prélèvement d’artère temporale avec recherche d’amylose doit être pratiquée.
Une fibromyalgie peut être responsable d’algies rhizoméliques associées à des douleurs plus diffuses. Les caractéristiques cliniques associées aux syndromes somatiques fonctionnels et l’évolution dans le temps permettront de résoudre les problèmes les plus difficiles.
Malgré un diagnostic différentiel parfois difficile, les investigations paracliniques doivent être initialement limitées et la prescription de corticoïdes à faible dose s’inscrit dans la démarche diagnostique.
La pratique en cas de doute clinique d’hémocultures et d’une échographie cardiaque permettra de ne pas prescrire de corticoïdes à un malade présentant une endocardite infectieuse.
La normalité des examens immunologiques (facteurs rhumatoïdes, anticorps antinucléaires, anticorps anticytoplasme de polynucléaires neutrophiles, anticorps antikératines), des enzymes musculaires (CPK, LDH, aldolases), de l’électrophorèse des protéines plasmatiques et éventuellement urinaires, de la TSH conforte le diagnostic.
En l’absence d’amélioration sous 15 mg/j de corticoïdes après une semaine de traitement, le diagnostic de PPR doit être remis en question.