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L’interrogatoire professionnel (108i)
Docteur Alain PERDRIX  - Novembre 2003


1.1. Reconstitution de la carrière professionnelle

L’interrogatoire doit rechercher l’ensemble des entreprises dans lesquelles a travaillé le salarié. Pour chaque entreprise, il est important d’identifier le plus précisément possible les postes de travail et les tâches réalisées par le sujet en datant les différents évènements. Cette étape est d’autant plus difficile que l’on remonte à des faits anciens.


1.2. Recherche des nuisances auxquelles le patient a été ou est exposé

A partir des activités professionnelles détaillées par le sujet, l’inventaire des nuisances doit être méthodique : identification des processus de travail et des agents chimiques, physiques et biologiques. Parallèlement à l’identification des dangers, les conditions d’hygiène générale, les moyens de protection collective et individuelle décrits nous permettent d’estimer l’exposition professionnelle et donc les niveaux de risques encourus. Il importe aussi de s’intéresser aux activités de voisinage dans les mêmes ateliers qui peuvent elles-mêmes générer des dangers (diffusion de poussières au gaz).


1.3. Recherche de facteurs extra-professionnels

La présence d’un facteur étiologique non professionnel (alcool, tabac) n’élimine pas la recherche d’une étiologie professionnelle, d’autant qu’il peut y avoir potentialisation des effets (par exemple exposition tabac et amiante potentialise le risque de survenue d’un cancer broncho-pulmonaire).


1.4. Rythmicité des signes par l’activité professionnelle

Elle est recherchée par confrontation d’une part de la chronologie des expositions aux différentes nuisances au cours de l’exercice professionnel et d’autre part par la chronologie de l’apparition ou de la disparition des signes sémiologiques de la maladie.
L’établissement de l’imputabilité est d’autre plus facile qu’il existe un délai court entre l’exposition à la nuisance et l’apparition de ce cas il est possible d’analyser par l’interrogatoire les effets liés à la suppression et la réadmission du patient au poste de travail (vacances, week-end). L’asthme et les dermites se prêtent tout à fait à cette approche car on note une amélioration ou une disparition des signes cliniques après la cessation d’activités pendant plusieurs jours et la réapparition des symptômes lors de la nouvelle exposition professionnelle.
L’établissement de l’imputabilité est plus difficile quand les délais entre le début de l’exposition et la survenue de la maladie est de plusieurs dizaines d’années comme cela est souvent le cas des pathologies chroniques (neuropathie périphérique), voire des cancers. La recherche d’autres pathologies associées constitue des arguments complémentaires sans pour autant prouver la relation causale. Il faut alors compléter l’interrogatoire professionnel individuel par des données provenant du médecin du travail des entreprises dans lesquelles a travaillé le patient.
Pour les cas difficiles, les consultations de pathologies professionnelles des CHU apportent toute leur expertise à la détermination de l’imputabilité.


2. Conclusion

Lorsqu’une maladie a une étiologie professionnelle, il est absolument indispensable de le savoir tant pour sa réparation que pour la prise en charge thérapeutique qui ne pourra être efficace qu’après soustraction du sujet à l’agent professionnel en cause. Ceci permettra également d’identifier des situations à risques, d’améliorer la prévention et ainsi de diminuer l’incidence de nouvelles pathologies.
L’interrogatoire professionnel devrait être systématique pour tout médecin. Une collaboration avec les médecins du travail est souvent nécessaire.


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