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Paralysie faciale périphérique (326)
Docteur Dinh-Qui NGUYEN - Avril 2005


1. Introduction

La paralysie faciale (PF) est très préjudiciable au niveau esthétique ; le nerf facial assurant en effet pratiquement toute l’innervation motrice de l’hémiface correspondante. Elle peut être centrale, due à des lésions situées au-dessus des noyaux bulbaires, ou périphérique, due à une atteinte des neurones moteurs périphériques.

Les étiologies sont variées et le bilan diagnostique doit être le plus complet possible avant d’affirmer le diagnostic de paralysie faciale idiopathique.


2.1. Anatomie

Le nerf facial VII et l’intermédiaire de Wrisberg émergent de la fossette latérale du bulbe et rejoignent le nerf cochléaire pour former le paquet acoustico-facial qui traverse l’angle ponto-cérébelleux (APC) et pénètre le conduit auditif interne.



Schéma : trajet du nerf facial
(D.Q. Nguyen)

Au fond du conduit auditif interne, le nerf facial rentre dans l’aqueduc de Fallope. On décrit classiquement 3 portions intra-pétreuse :
  • Labyrinthique
  • Tympanique
  • Mastoidienne

  • Ensuite, elle sort du rocher par le trou stylo-mastoïdien et aborde la parotide qu’elle divise en lobe superficiel et profond.
    Ses branches principales sont :
  • nerfs pétreux superficiels : secrétions des glandes lacrymales
  • nerf du muscle de l’étrier : réflexe stapédien
  • corde du tympan


  • 2.2. Physiologie

    Le VII est un nerf mixte moteur mais aussi sensitif, sensoriel et sécrétoire.
  • Moteur : face + m. étrier
  • Sensitif : Zone de Ramsay Hunt
  • Sensoriel : gustation 2/3 ant langue, sensibilité tactile discriminative
  • Végétatif : sécrétion lacrymale+nasale, sécrétion salivaire

  • Un certain nombre de fibres du facial supérieur se croisent pour rejoindre le faisceau radiculaire controlatéral, ce qui explique le respect partiel de l’hémi-face supérieure dans les paralysies faciales d’origine centrale.
    Quelque soit l’étiologie d’une PF, l’atteinte est de gravité variable, allant de la neuropraxie (réversible) à l’axonotmésis, voire la neurotmésis.


    3. Diagnostic clinique

    Syndrome de Paralysie Faciale :
  • Motrice : Signe de Charles Bell, signe des cils de Souques, Asymétrie visage, effacement du pli naso-génien, Signe du peaucier de Babinsky
  • Sensitive : Hypoesthésie zone de Ramsay-Hunt
  • Sensorielle : agueusie des 2/3 antérieurs de l’hémi-langue
  • Sécrétoire : Diminution des sécrétions lacrymales, nasales et salivaires,



  • Photo : paralysie faciale droite
    (D.Q. Nguyen)

    En faveur d’une atteinte périphérique :
  • Pas de dissociation automatico-volontaire
  • Atteinte étage supérieur et inférieur
  • Pas d’autre signe neurologique

  • Attention :
  • Les paralysies d’apparition progressive doivent évoquer un processus tumoral.
  • PF BILATERALE
  • Guillain-Barré, SEP
  • Diabète
  • Amylose, Sarcoïdose
  • Mononucléose infectieuse, Lyme
  • Une PF récidivante doit faire évoquer une maladie de Lyme, un syndrome de Melkersson-Rosenthal (langue plicaturée, œdème chéilo-jugal)
  • Diagnostic + difficile :
  • PF chez sujet INCONSCIENT (coma)
  • Forme frustre : signe de Collet, signe de Souques


  • 4. Diagnostic de localisation

  • Test de Shirmer : n.grand pétreux1er portion, ganglion géniculé
  • Réflexe stapédien : n.m.étrier
  • Gustométrie+-Blatt : corde du tympan


  • 5. Diagnostic de gravite

    Le testing musculaire de la face est impératif pour évaluer l’importance de la PF et de suivre son évolution.


    5.1. Classification de PORTMANN +++

    Il s’agit d’un testing musculaire de la face avec un score sur 20 :
  • m. frontal : /3
  • m.orbiculaire orbite : /3
  • m. risorius : /3
  • m. zygomatique : /3
  • m. orbiculaire bouche : /3
  • m. mentonnier : /3
  • + tonus de repos : /2
  • Score sur 20


    5.2. Classification de HOUSE & BRACKMANN

    Grade 1 à 6, surtout utilisé pour le suivi à moyen et long terme
  • Grade 1 : Fonction normale
  • Grade 2 : Asymétrie discrète. Fermeture palpébrale complète
  • Grade 3 :
  • Asymétrie évidente ne défigurant pas le sujet lors de la mimique
  • Syncinésie possible
  • Fermeture palpébrale complète à l’effort.
  • Faiblesse légère ou modérée labiale et frontale
  • Grade 4 :
  • Asymétrie sévère défigurant le sujet lors mimique
  • Fermeture palpébrale incomplète à l’effort.
  • Spasmes et/ou syncinésies sévères
  • Absence de mouvement au niveau front, asymétrie labiale
  • Grade 5 : Asymétrie au repos et mouvements à peine perceptibles
  • Grade 6 : Paralysie faciale complète (contraction impossible)


  • 5.3. Examens électriques

    On recherche trois types d’atteinte nerveuse :
  • Neurapraxie : Démyélinisation sans interruption axoplasmique
  • Axonotmésis : Interruption gaine myéline+axone
  • Neurotmésis : Interruption histologique complète (axone+tubule)

  • On dispose de 2 techniques d’enregistrement électrique du nerf facial :
  • EMG de détection : potentiels de fibrillation, témoin d’une dénervation
  • Indication : signes de dénervation tardifs
  • ENOG électroneuronographie : pourcentage de dénervation
  • Indication: Pas de valeur pronostic à long terme. A renouveler (opérateur dépendant)

    Dans la pratique, l’EMG est réalisé à J10-J15 en l’absence de récupération (recherche de potentiel de réinnervation ou de lésions de type neurotmésis). On envisage une décompression du VII si l’évolution est péjorative à environ un mois (clinique, 2ème EMG).


    6. Diagnostic différentiel

  • PF d’origine centrale :
  • Prédomine sur le facial inférieur, signes neurologiques (déficit moteur homolatéral, aphasie, troubles sensitifs, hémianopsie…).
  • Deux étiologies dominent : atteintes vasculaires et tumorales.
  • PF d’origine nucléaire :
  • Lésion siégeant dans le tronc cérébral (atteinte noyau moteur).
  • Elle associe une PF de type périphérique mais associée à d’autres signes d’atteinte bulbo-protubérantielle (syndromes alternes : Millard-Gübler, Foville). Les étiologies sont infectieuses (polio, tétanos, syphilis), tumorales (gliomes), vasculaires (ramollissement protubérantiel).


  • 7. Examens complémentaires

    Le plus souvent, il s’agit d’un traitement médical en urgence.
    En dehors des étiologies spécifiques (QS suivant), le bilan a minima à réaliser est le suivant :
  • Audiogramme, impédancemétrie Réflexe stapédien
  • Test de Shirmer, Electrogustométrie ( de moins en moins réalisés…)
  • NFS plq Glycémie VS CRP
  • CS Ophtalmologie
  • Place des sérologies (Herpès, VZV , CMV, EBV, TPHA, Lyme…) à discuter (sujet jeune, contexte…)


  • 8.1. Paralysie faciale a frigore ou idiopathique (Bell)

    Paralysie faciale périphérique d'apparition brutale, strictement unilatérale sans étiologie retrouvée.
    Sans autre atteinte des paires crâniennes. C’est un diagnostic d’élimination.
    La plus fréquente des PF (15 à 20 pour 100.000 hbts/an)
    Cause virale +++ : Résurgence HSV1 (études Murakami) rôle possible VZV, EBV…
    Facteurs favorisants : baisse état général, stress, exposition au froid, choc vasomoteur
    Pronostic :
  • 70%, récupération complète en 4 à 6 semaines sans séquelle après traitement
  • 16%, séquelles motrices : déficit moteur résiduel, spasmes, syncinésies.


  • 8.2. PF virales

    Elles méritent d’être isolées, bien que la plupart rejoignent la discussion de la PF a frigore.
    PF zostérienne (zona gg géniculé) :
  • Eruption dans la zone de Ramsay-Hunt, douleurs
  • Atteintes possibles gg de Corti (surdité régressive), gg de Scarpa (vertiges)
  • Réaction méningée possible
  • Traitement urgent et prolongé (antiviral)


  • 8.3. PF otitiques

    Nécessité d’une otoscopie minutieuse : otite moyenne aiguë, otite chronique (cholestéatome, tuberculose).


    8.4. PF tumorales

    Une paralysie progressive et/ou spasme hémifacial est très évocatrice de ce diagnostic.
  • Tumeurs du rocher : cholestéatome, paragangliome, méningiome intra-pétreux…
  • Tumeurs de l’angle ponto-cérébelleux : neurinome, chordome, métastase, anévrisme…
  • Tumeurs de la parotide


  • 8.5. PF de causes générales

    Diabète, tétanos, typhoïde, diphtérie
    Maladie de Lyme : contexte (tiques), sérologie+++
    Périartérite noueuse, réticulosarcome, syndrome de Heerfordt
    Intoxication


    8.6. PF nouveau-né et enfant

  • nouveau-né :
  • traumatique
  • malformative
  • enfant :
  • otogène (BK)
  • a frigore
  • hématologique
  • hypercalcémie idiopathique, intoxication à la Vit D


  • 8.7. PF traumatique

    Accidentels (fracture rocher, plaie parotide) ou post-opératoires (chirurgie otologique, neurinome de l’acoustique, parotidectomie…).
    Dans les PF secondaires (délai de survenue), le traitement est médical avec surveillance. En revanche, une PF immédiate doit être soigneusement bilantée. Si le trait de fracture traverse manifestement le trajet du VII, l’intervention est nécessaire. Sinon, la décision est guidée par la surveillance clinique et électrique.


    9. Conduite à tenir en urgence

    Toutes les PF méritent un traitement médical :
  • Bien informer le patient
  • Compliance du traitement
  • Soins ophtalmologique +++
  • Kinésithérapie sans électro-stimulation
  • RV consultation à prévoir impérativement avec EMG en cas d’évolution péjorative

  • Pour les paralysies facials a frigore :

    Corticoïdes 2mg/kg/j +- Vasoactif piribédilpendant 8 jours.
    Valaciclovir (Zélitrex) : 2cp x 2/j pendant 7 jours, si PF vue avant J3.

    Discuter d’une décompression du facial en cas d’évolution péjorative (EMG à 30j, PF totale…)

    Traitement éventuel étiologique : tumeurs, post-opératoire…


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