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Les luxations et instabilités de l'épaule Professeur Dominique SARAGAGLIA - Mars 2003
1. Introduction La luxation de l'épaule est une perte des rapports entre la tête de l'humérus et la glène de l'omoplate. Les luxations antéro-internes sont les plus fréquentes des luxations de l'épaule, qui sont elles-mêmes les plus fréquentes de l'organisme. 2. Les luxations antéro-internes 2.1. Etiologie 2.2. Anatomie pathologique Il est classique de distinguer 4 variétés de luxation antéro-interne de l'épaule : la luxation extra-coracoïdienne, la luxation sous-coracoïdienne (la plus fréquente), la luxation intra-coracoïdienne et la luxation sous-claviculaire. Cette distinction n'a pas un grand intérêt pronostique, mais il est évident que plus le déplacement est important, et plus il risque d'y avoir des lésions associées graves (vasculaires, nerveuses ou tendineuses). 2.2.1. Les lésions capsulo-ligamentaires La lésion habituelle est la désinsertion du bourrelet glénoïdien au niveau du pôle antéro-inférieur de la glène en même temps que le ligament gléno-huméral inférieur : c'est la lésion de Bankart, qui, lorsqu'elle est plus importante correspond au décollement capsulo-périosté de Broca et Hartmann.
(D'après EMC) Dans certains cas, le bourrelet reste inséré sur la glène et c'est le ligament gléno-huméral inférieur qui est déchiré. 2.2.2. Les lésions osseuses Elles siègent habituellement au niveau du rebord antéro-inférieur de la glène et/ou de la tête humérale. La glène peut être le siège d'une fracture (à peine visible) ou d'un tassement de son rebord antéro-inférieur que l'on appelle éculement. La tête humérale peut être le siège d'une encoche située à son pôle supérieur et postérieur entre calotte cartilagineuse et trochiter ; c'est l'encoche de Malgaigne qui correspond à une fracture-enfoncement par contact appuyé de la tête humérale contre le rebord antéro-inférieur, au moment de la luxation (lésion de la tête et/ou de la glène).
Encoche de Malgaigne (D. Saragaglia)
Éculement de la Glène (D. Saragaglia) 2.2.3. Les lésions associées Il peut s'agir de lésions osseuses : fracture du trochiter, fracture de la coracoïde, fracture du col de l'humérus.
(D. Saragaglia) Dans de rares cas, il peut s'agir de lésions vasculo-nerveuses : nerf circonflexe, artère axillaire, plexus brachial complet ou incomplet. Chez les sujets de plus de 40 ans, il n'est pas rare de retrouver une rupture associée de la coiffe des rotateurs ; il s'agit d'une rupture qui survient sur une coiffe dégénérative qui a perdu une partie de son "élasticité". 2.3. Etude clinique 2.3.1. Symptômes Signes fonctionnels : Examen torse nu : 2.3.2. Avant de réduire la luxation 2.4. Traitement 2.5. Evolution Risque de récidive dans plus de 50% des cas. Plus le sujet est jeune et sportif plus la récidive est fréquente : c'est la luxation récidivante de l'épaule ou encore instabilité de l'épaule. 3. La luxation postérieure Beaucoup plus rare que les luxations antéro-internes (3 à 5% des luxations de l'épaule), elle se voit au cours d'accidents sportifs, d'accidents du travail ou de la voie publique. Une étiologie particulière est représentée par la crise d'épilepsie (+++). Il faut savoir que 50% de ces luxations passent inaperçues (+++) car le diagnostic n'est pas fait en urgence. 3.1. Mécanisme Il s'agit habituellement d'une chute sur la paume de la main avec rotation interne forcée du bras. Dans quelques cas il peut s'agir d'un choc direct sur le moignon de l'épaule. 3.2. Etude clinique Signes fonctionnels : Examen torse nu : La radiographie +++ :
double contour (encoche) (D. Saragaglia)
déplacement postérieur et encoche de Mac Laughlin (D. Saragaglia) 3.3. Traitement Réduction orthopédique en urgence sous anesthésie générale et immobilisation en abduction-rotation externe sur plâtre thoraco-brachial (30 à 45 jours) de préférence. 3.4. Evolution et pronostic L'évolution vers l'instabilité postérieure de l'épaule est relativement rare. Le seul problème des luxations postérieures est de savoir y penser et de savoir regarder correctement une radiographie. Trop de luxations postérieures sont diagnostiquées au stade de luxation invétérée. 4. Les instabilités antérieures de l'épaule Il s'agit d'une symptomatologie chronique, qui soit survient au décours d'une luxation antéro-interne (luxation ou subluxation récidivante), soit se manifeste d'emblée par des subluxations répétées ou des épisodes douloureux purs. 4.1. Etude anatomo-pathologique Les lésions capsulo-ligamentaires et osseuses sont les mêmes qu'au stade aigu en sachant cependant que la répétition des épisodes d'instabilité peut aggraver des lésions qui étaient initialement peu importantes. 4.2. Etude clinique 4.2.1. 3 tableaux cliniques 4.2.1.1. La luxation récidivante vraie Le diagnostic est facile, surtout lorsque l'on dispose des clichés de l'épaule luxée (à demander systématiquement). Les clichés après réduction montrent très souvent les signes indirects de la luxation. 4.2.1.2. La subluxation récidivante Le diagnostic est facile lorsque le sujet analyse parfaitement cette subluxation qui s'accompagne volontiers d'une douleur brutale allant parfois jusqu'au tableau d'impression de "bras mort". 4.2.1.3. L'épaule douloureuse pure Il n'y a pas de sensation de "déboîtement" ou d'instabilité. Il s'agit d'une douleur aiguë qui survient au cours d'un mouvement "d'armer du bras" et qui disparaît bras le long du corps. 4.2.2. Examen Il ne permet pas de retrouver d'éléments pathognomoniques de l'instabilité. Seuls des éléments d'orientation peuvent être recueillis : 4.2.3. L'imagerie est fondamentale 4.2.3.1. la radiographie simple Face (rotation interne, externe, neutre) : Profil glénoïdien de Bernageau : Ces lésions indirectes signent l'instabilité antérieure de l'épaule 4.2.3.2. l'arthro-scanner L'arthro-scanner n'est indiqué que si les clichés standards sont normaux. Il montre : la désinsertion du bourrelet glénoïdien, le décollement capsulo-périosté et élimine une éventuelle instabilité postérieure. 4.3. Diagnostic différentiel Il ne se pose que dans le cas d'une symptomatologie purement douloureuse, avec le conflit sous-acromial. En cas de doute clinique, l'imagerie viendra dans bien des cas rectifier le diagnostic. 4.4. Traitement Le traitement est habituellement chirurgical, avec plus de 90% de résultats satisfaisants. Deux techniques s'opposent :
(D. Saragaglia) La résection simple du bourrelet sans stabilisation de l'épaule donne plus de 50 % d'échecs et doit être condamnée.
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