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Fièvre aiguë et Critères de gravité d'un syndrome infectieux chez l'enfant (203a) Professeur Dominique PLANTAZ - Novembre 2004
1. Introduction La fièvre est l'élévation de la température corporelle centrale au delà de 38°C due à une modification du point d'équilibre thermique. On parle de fièvre aiguë quand le symptôme dure depuis moins de 5 jours ; au delà de 21 jours on parle de fièvre prolongée ou de fièvre au long cours. C'est un symptôme extrêmement fréquent car il accompagne un grand nombre de maladies infectieuses le plus souvent bénignes et particulièrement banales dans la petite enfance. Ainsi la fièvre est le premier motif de consultation chez l'enfant et le premier motif d'admission dans les services d'urgences pédiatriques. Bien que "banale" la fièvre est génératrice d'angoisse chez les parents (et aussi par le médecin) car : L'analyse clinique minutieuse de la situation par l'interrogatoire et l'examen doit aboutir à une proposition de prise en charge adaptée aux risques potentiels. Les erreurs sont de deux types, la surmédicalisation d'affections bénignes (préscription d'explorations ou de thérapeutiques inutiles) ou, à l'inverse retarder la mise en œuvre de thérapeutiques nécessaires. Le raisonnement médical dans une telle situation peut se décomposer en étapes : 2. Diagnostic positif : affirmer la réalité de la fièvre Il est utile de mesurer soi-même la température de l'enfant pour vérifier la réalité du symptôme (les consultations pour fièvre sans prise de la température sont loin d’être rares) ou pour éliminer une fièvre factice simulée par l'enfant ou une personne de son entourage (syndrome de Munchhausen par procuration) : ce syndrome doit être surtout évoqué devant la répétition des consultations sans pouvoir authentifier le syndrome fébrile et pour lequel les examens répétés forcément induits sont resté négatifs. Cette situation n'est pas exceptionnelle et doit faire orienter vers une prise en charge psychologique. Dans d'autres circonstances il faut éliminer une hyperthermie qui est une élévation de la température corporelle dont la cause est externe. Le point d'équilibre thermique n'est pas modifié mais l'enfant est placé dans un environnement qui le contraint à accumuler de la chaleur (automobile au soleil, excès de vêtements, déshydratation). L’interrogatoire doit s’attacher à préciser l’histoire de cette fièvre et le traitement administré jusqu’à la consultation. 3. Diagnostic de gravité : dépister les situations d'urgence et les affections graves C'est l'étape essentielle qui consiste à savoir orienter vers un établissement de soins les enfants nécessitant une surveillance médicale permanente, des examens complémentaires ou un traitement urgent. Pour cela il faut disposer de "repères" cliniques permettant de trier les cas difficiles en pensant d'une part à la gravité liée à l'affection en cause (exemple : méningite) et d'autre part à la gravité liée au terrain (enfant "fragile"). 3.1. Signes généraux -L'intensité de la fièvre n'est pas en soit un critère de gravité, mais une fièvre (ou hyperthermie) > 41°C est susceptible de créer des lésions tissulaires irréversibles (secondaires à la dénaturation de protéines thermolabiles) au niveau du foie, du myocarde, du cerveau ou du rein. Faire baisser la température est ici une tache urgente qui peut justifier une prise en charge en milieu de réanimation dans les fièvres les plus élevées. Ce syndrome de vasoconstriction périphérique peut être la première étape d'un choc septique qu'il faut prendre en charge en urgence avant que n'apparaissent les signes centraux : tachycardie majeure et pouls filant avec hypotension artérielle TOUT PURPURA FEBRILE EST UN PURPURA MENINGOCOCCIQUE jusqu’à preuve du contraire. 3.2. Signes neurologiques ou méningés Toute manifestation neurologique survenant dans un contexte fébrile doit mettre en alerte car elle peut traduire une infection méningée ou encéphalitique : 3.3. Terrains à risques Certains enfants justifient une prise en charge "médicalisée" du fait de la gravité potentielle des infections : 4. Diagnostic étiologique : Chercher un foyer infectieux "clinique" Dans la grande majorité des cas il existe des signes fonctionnels ou physiques qui orientent vers le site de l'infection. Il ne s'agit pas ici de tenter de décrire toutes les affections susceptibles d'entraîner une fièvre mais de donner une piste pour l'interrogatoire et l'examen clinique. 4.1. Infections de la sphère ORL Ce sont sans doute les plus fréquentes : rhinite et rhino-pharyngite, otite moyenne aiguë, angine, sinusite, laryngite. L'interrogatoire recherche une rhinorrhée, une obstruction nasale, une otalgie, un écoulement auriculaire, une dysphagie. Il faut examiner la muqueuse de la bouche et du pharynx, les amygdales et surtout les tympans. Chez le nourrisson les otites sont une cause très fréquente de fièvre apparemment isolée, et il faut apporter un soin particulier à l'examen otoscopique. 4.2. Infections bronchopulmonaires La toux est un symptôme presque constant dans les infections de la sphère respiratoire : bronchite, bronchiolite, pneumonie abcès du poumon. Elle n'est pas toujours au premier plan et doit être recherchée à l'interrogatoire. Les douleurs thoraciques sont plus rares. L'examen recherche une dyspnée ou des anomalies auscultatoires (foyer de râles crépitants, frottement pleural…). 4.3. Infections digestives Très fréquentes les gastro-entérites se traduisent par de la diarrhée, des vomissements, des douleurs abdominales. 4.4. Infections urinaires La fièvre est souvent le seul signe de l'infection urinaire, on recherchera néanmoins des signes fonctionnels (pollakiurie, dysurie et brûlures mictionnelles) ou des douleurs lombaires. La fréquence des pyélonéphrites chez le nourrisson est telle que la réalisation d’une bandelette urinaire à la recherche d’une leucocyturie et de la présence de nitrites fait pratiquement partie de l’ examen clinique. 4.5. Autres Infections De nombreux signes peuvent orienter le diagnostic vers une infection spécifique (éruption cutanée par exemple) ou une infection focalisée (impotence fonctionnelle d'un membre par exemple). L'examen recherche des adénopathies périphériques et une splénomégalie, éléments importants de la démarche diagnostique. On recherchera aussi une notion de contage (épidémie familiale, crèche), ou d'exposition à un risque particulier (animaux, voyages). 5. Diagnostic d’une fièvre isolée En absence d'orientation clinique, il est indispensable de réaliser des examens complémentaires devant une fièvre isolée, soit parce qu’elle est mal tolérée soit parce qu’elle ne se résout pas spontanément. Ces examens ont pour objectifs de caractériser la réponse de l'organisme à l'infection (syndrome inflammatoire) et de rechercher certains foyers infectieux peu expressifs sur le plan clinique. Ces examens sont la NFS, la CRP, les hémocultures, la bandelette urinaire et l'ECBU, la radiographie thoracique et la radiographie des sinus. 6. Traitement 6.1. Surveiller En absence de signe de gravité et d'infection identifiée il faut savoir attendre et répéter l'examen clinique (une fois à 2 fois par jour) et établir une courbe thermique. 6.2. Traitement de la fièvre L’attitude générale et les recommandations face à la fièvre chez un enfant ont évolué vers un allègement et une simplification au cours des 2 dernières décennies : Dans les années 80, les recommandations face à la fièvre chez le nourrisson étaient avant tout sous-tendues par le risque de convulsions hyperthermiques, qui ne sont pas minimisées par un traitement systématique très intensif de la fièvre chez n’importe quel nourrisson, et par le risque d’hyperthermie maligne, tout à fait rarissime dans les fièvres infectieuses du nourrisson. En outre, une très large place était faite à l’usage de l’aspirine, qui a aujourd’hui reculé devant la complication que représente le syndrome de Reye (encéphalopathie d’origine hépatique dans laquelle la responsabilité de l’association Aspirine et Infection virale a été avancée. Actuellement, la fièvre est plus reconnue comme une manifestation normale de l’ organisme en réponse à une infection. Le traitement vise surtout à traiter l’inconfort. Chez les nourrissons aux antécédents personnels ou familiaux de convulsions hyperthermique, le traitement de la fièvre doit être d’autant plus rigoureux. Les molécules utilisées sont avant tout le paracétamol et l’ibuprofène. Le choix d’une monothérapie est de plus en plus largement recommandée. En pratique : Chez le jeune enfant (age < 6 ans.) et si la température est élevée (>38,5) il est recommandé de traiter la fièvre. 6.3. Traitement étiologique Le traitement étiologique repose sur les agents anti-infectieux que l'on choisi selon le type d'infection et son site en tenant compte des germes habituellement responsables. Nous rappelerons enfin qu'il n'y a pas d'indication d'antibiothérapie en absence d'INFECTION IDENTIFIEE.
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