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Infection urinaire de l'enfant (93) Docteur Guylène BOURDAT-MICHEL - Mai 2003
1. Définitions L'infection urinaire (I.U.) est définie par l'existence d'une bactériurie pathologique. La pyélonéphrite aiguë (P.N.A.) est une infection urinaire avec invasion tissulaire du bassinet et du parenchyme rénal. La cystite ou I.U. basse ne touche que la vessie. 2. Epidémiologie et étiologie 3. Physiopathologie La contamination se fait essentiellement par voie ascendante, à partir de la flore fécale et urétrale. La contamination de l'arbre urinaire nécessite l'adhésivité de la bactérie sur la muqueuse urétrale (interaction entre des structures situées à la surface des bactéries, les adhésines et des récepteurs situés sur les cellules de l'uro-épithélium) et la virulence des germes. La contamination par voie hématogène est très vraisemblable chez le nouveau-né et le jeune nourrisson : fréquence des bactériémies et septicémies à cet âge. Facteurs favorisants : 4. Diagnostic clinique 4.1. Nouveau-né et nourrisson Le diagnostic clinique est difficile chez le nouveau-né et le jeune nourrisson de quelques mois. Dans les deux cas, une I.U. doit être considérée a priori comme une PNA, même en l'absence de fièvre. Nouveau-né : 4.2. Enfant 4.3. Examen clinique 5. Diagnostic paraclinique 5.1. Bandelettes urinaires Une première approche peut être l'examen d'urines par bandelette urinaire recherchant nitrite, protéines, hématies et leucocytes. Si l'ensemble de ces quatre données est négatif, le diagnostic d'I.U. est peu probable (faux négatif < 10 %). Par contre, la positivité d'un seul paramètre doit faire pratiquer un ECBU : 5.2. ECBU Il permet d'affirmer ou d'infirmer l'I.U. : bactériurie supérieure ou égale à 10p5 germes/ml (critères de Kass) avec ou sans leucocyturie pathologique (plus de 20 000 leucocytes/ml). Cependant, sous traitement anti-bactérien, une bactériurie à 10p3 ou 10p4 germes/ml peut avoir une valeur pathologique. L'examen direct peut mettre rapidement en évidence la présence de pus (nombreux leucocytes altérés en amas) et de germes. La culture et l'identification du germe nécessitent 24 heures, l'antibiogramme 36 à 48 heures (attention, lors d’ IU à Streptocoque, la culture est parfois plus lente). Attention : ces critères ne sont valables que si les conditions de prélèvement et de conservation des urines sont correctes : 5.3. Biologie Lors de PNA, réalisation d'une NFS avec VS ou CRP à la recherche d'un syndrome inflammatoire. Un ionogramme avec dosage de la réserve alcaline, de la créatininémie, recherchera une anomalie de la fonction rénale, une acidose, une perte du pouvoir de concentration des urines La réalisation d'une ou plusieurs séries d'hémoculture rechercheront une bactériémie associée, fréquente chez le nouveau-né et le jeune nourrisson : 6. Diagnostic de localisation Il repose sur la clinique, la biologie, parfois les examens morphologiques. Une hyperthermie avec douleur lombaire haute, altération de l'état général, syndrome inflammatoire, est en faveur d'une PNA. L'hyperthermie, la douleur lombaire peuvent manquer chez le nouveau-né et le nourrisson. 6.1. Examens immunologiques 6.2. Examens morphologiques Aucun de ces trois derniers examens (UIV, TDM, scintigraphie) n'est pratiqué en routine, mais uniquement en cas de doute diagnostique (PNA décapitée, ECBU négative mais forte suspicion de néphrite) ou de suspicion d'abcès. 7. Diagnostic étiologique A faire dès la 1ère I.U., la majorité des uropathies se révélant par une I.U. 7.1. L'échographie rénale et vésicale: Réalisée en première intention, elle explore le parenchyme, la taille des reins, leur échostructure. Elle met en évidence une dilatation du bassinet, des voies excrétrices et explore également la vessie. Sa fiabilité dépend de l'opérateur. 7.2. La cystographie rétrograde ou sus-pubienne Elle est le seul moyen de diagnostiquer un RVU, elle sera réalisée après stérilisation des urines, en moyenne 3 à 4 semaines après la PNA. Selon les centres, elle n’est parfois plus réalisée lors du premier épisode de PNA, à la condition que l’échographie rénale et vésicale soit d’excellente qualité, et contrôlée normale à 1 ou 2 mois d’évolution. La cystographie doit être réalisée dans un centre de radiologie ayant l’habitude des enfants, avec quelques clichés seulement, sans oublier les clichés per mictionnels ; ces clichés per mictionnels doivent être réalisés de profil ou de trois quart chez les garçons, seul moyen de diagnostiquer des valves de l’urètre postérieur. 7.3. L'UIV Elle étudie le relief papillaire du parenchyme rénal, l'existence d'encoche, une dilatation urétérale. Son indication est variable selon les écoles. Elle est justifiée en cas d'anomalie à l'échographie, de RVU de haut grade. 7.4. La scintigraphie La scintigraphie au DMSA (visualisation de cicatrices focales) ou au DTPA (quantification de la filtration glomérulaire et du degré d'obstruction sur la courbe d'élimination) Elle est réalisée en routine après quelques mois dans certaines équipes. 8. Diagnostic différentiel 9. Evolution 9.1. Immédiate 9.2. A long terme Infection sur un organe en croissance avec risque de séquelles rénales. L'agression parenchymateuse peut entraîner la formation des cicatrices corticales et se manifester à long terme par une HTA, une insuffisance rénale. Ce risque est en corrélation avec le délai de mise en oeuvre d'un traitement efficace d'une PNA ; il est majoré lors d'uropathie sous jacente. 10. Traitement Rappels : Le traitement dépend de l'âge, des signes cliniques. On différencie quatre possibilités : 10.1. Nouveau-né ou nourrisson < 3 mois, quelque soit la clinique, Nourrisson de 3 à 18 mois fébrile, Enfant de plus de 18 mois avec PNA et syndrome infectieux sévère L'hospitalisation s'impose, dans la majorité des cas, pour surveillance et instauration d'une bi antibiothérapie synergique par voie parentérale. ( ce traitement parentéral peut dans certains cas être réalisé en ville, chez des nourrissons assez agés, de plus de 6 mois, en l’absence de syndrome septique franc). L'association d'une céphalosporine de 3ème génération (Ceftriaxone ou Cefotaxime) et d'un aminoside (Amikacine ou Nétilmycine) est indiquée car régulièrement active sur les entérobactéries (40 à 50 % des E. Coli sont actuellement résistants à l'Amoxicilline seule, 20 à 30 % à l'association Amoxicillne - acide clavulanique). En cas de cocci positif en chaînette retrouvé à l'examen direct, il s'agira le plus souvent d'un Streptocoque D résistant aux céphalosporines de 3ème génération. Dans ce cas, il convient d'associer Amoxicilline et Aminoside (bien que le Streptocoque D soit résistant aux Aminosides, l'association Béta-lactamine et Aminoside est synergique et plus rapidement bactéricide). Attention : l’utilisation d’un aminoside peut se faire en une seule injection IV ou IM par jour, sauf chez les moins de 1 mois, mais nécessite auparavant la vérification de la fonction rénale. L'adaptation du traitement se fera après identification du germe et antibiogramme. La durée d’hospitalisation varie selon l’âge, la clinique ; elle sera de 4 à 5 jours chez les plus petits. Les aminosides sont arrêtés au bout de 2 à 4 jours. Les céphalosporines seront poursuivies 10 jours avec relai possible chez les plus grands par un traitement ambulatoire (traitement IM ou selon antibiogramme par amoxicilline- ac clavulanique ou Bactrim). La surveillance se fera essentiellement par la clinique, un contrôle d’ECBU, non effectué systématiquement, et la disparition du syndrome inflammatoire. Posologie, contre indications (C.I.) : 10.2. PNA bien tolérée chez un enfant > 18 mois Thérapeutique ambulatoire. Une monothérapie orale peut être proposée (Céphalo 1er ou Amoxicilline -Acide clavulanique). Cependant pour la plupart des équipes, une bi antibiothérapie initiale semble préférable pour stériliser rapidement les urines : association d'un Aminoside en IM (le plus souvent Nétilmicine : NETROMYCINE dont la posologie quotidienne peut être faite en une seule IM) et soit du traitement oral précédent soit d'un Céphalo 3 parentérale (Ceftriaxone : ROCEPHINE en une injection/jour). Durée, surveillance identique au cas 1. Posologie et C.I. : Toujours, hydratation suffisante. 10.3. Cystite de l'enfant Mono-antibiothérapie orale de 8 jours (des traitements plus courts ont été proposés : 3 à 5 jours) associée à des boissons abondantes et mictions fréquentes. Les antibiotiques utilisés : 10.4. Traitements préventifs Ils sont proposés lors de cystite à répétitions, d'uropathie non opérée ou en attente de l'exploration urologique. Antibioprophylaxie par une dose unique quotidienne au tiers ou au quart de la posologie journalière : 11. Conclusion Chez les enfants, une PNA peut donc avoir des conséquences graves (localisation secondaire, cicatrices rénales) et révéler une uropathie. Le traitement doit donc être rapidement efficace, les explorations morphologiques dès la 1ère I.U. (minimum échographie lors de k’épisode et contrôle entre M1 et M3). Il faut se méfier de la valeur d'un ECBU fait à la poche stérile chez un nouveau-né ou un nourrisson pour ne pas imposer à tort une hospitalisation, un traitement injectable et la réalisation d'une cystographie. Il ne faut pas oublier chez les plus grands la part fréquente des troubles mictionnels, favorisés par la scolarisation, et les prendre en charge pour éviter les récidives.
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