Résumé
Historique
L'espèce fragilis a été isolée par Veillon et
Zuber en 1898 d'un pus d'appendicite. Ils lui attribuèrent le nom
de Bacillus fragilis. Fragilis et les espèces voisines - puisque
c'est le seul nom qui n'ait pratiquement pas changé depuis la description
originale - sont présents à raison de 1010 par gramme de matières
fécales de l'homme sain. Ce seul critère confère à
l'espèce une importance considérable puisque toutes les autres
espèces de l'intestin de l'homme (450 environ) sont présentes
à des taux nettement inférieurs. Fragilis fut retrouvé,
entre autres, par Jungano et Distaso dans les pus de même origine
en 1899. En 1902, Rist et Guillemot ont observé le premier cas de
septicémie à "Bacillus fragilis" et en 1904 Guillemot,
Halle et Rist ont étudié son rôle dans la reproduction
expérimentale des pleurésies putrides.
En 1911, Heyde l'a isolé 7 fois sur 102 cas d'appendicite aiguë
et l'a décrit sous le nom de Bacillus sassmannshausen. Il faut attendre
1918 pour que Castellani et Chalmers lui attribuent le nom de Bacteroides
fragilis.
Après cette date historique - puisque la dénomination Bacteroides
est toujours représentative de l'espèce et du genre - de multiples
travaux ont honoréBacteroides fragilis. Entre 1919 et 1938 le nombre
de communications concernant cette espèce est de 15. Citons, en passant,
l'important travail d'Eggerth et Gagnon en 1921 qui fit progresser l'identité
du groupe fragilis en décrivant d'autres espèces dénommées
B. convexa, B. distasonis, B. thetaiotaomicron.
· En 1928 Prévot lui attribue le nom de Ristella.
· En 1955 le remarquable traité de A.R. Prévot "Biologie
des maladies dues aux anaérobies" fait mention des ristelloses.
· En 1969 Beerens et Mme Tahon-Castel de l'Institut Pasteur de
Lille mettent en évidence l'action favorisante de la bile sur B.
fragilis et espèces voisines et décrivent un milieu sélectif
de l'espèce à la bile et au désoxycholate. Ce milieu
est toujours utilisé actuellement.
· En 1962 les travaux de Sebald déterminent le coefficient
de Shapiro-Chargaff du genre Ristella; il est de 1,4.
· En 1964 Beerens et coll. proposent pour l'espèce le nom
d'Eggerthella fragilis.
· En 1965 dans leur livre intitulé "Infections humaines
à bactéries anaérobies non
toxigènes" Beerens et Mme Tahon-Castel présentent 58
cas d'infection à Eggerthella fragilis.
· En 1966 fut créé au Congrès international
de Microbiologie à Moscou le Sous-comité des anaérobies
non sporulés à Gram négatif.
· En 1971 Beerens et coll. définissent différents
sérotypes de l'espèce et tentent une
classification sérologique de 131 souches d'Eggerthella du groupe
fragilis.
· En 1988 le chapitre de l'édition du Bergey's Manual rédigé
par Holdeman et Moore supprime définitivement les termes Ristella
et Eggerthella pour ne conserver que l'appellation Bacteroides.
Depuis lors, d'innombrables travaux génétiques entourent le
genre Bacteroides avec le maintien de Bacteroides fragilis comme espèce
type. Un travail à mentionner est celui de Finegold et Lance-George
en 1990 intitulé "Anaerobic infections in humans", qui
synthétise toutes nos connaissances actuelles sur les anaérobies
à Gram négatif en particulier les Bacteroides et leur sensibilité
aux antibiotiques. En 1995 le genre Bacteroides renferme 8 espèces
dont Bacteroides fragilis est toujours le chef de file. L'importance de
cette espèce justifie la consécration d'une journée
à sa pathologie.
Retour
REVUE DE LA SOCIETE DE PATHOLOGIE INFECTIEUSE
DE LANGUE FRANCAISE