L'anorexie mentale

en-tete PEDIATRIE

L'anorexie mentale
A. Laurent - 1998


vers1Introduction

vers2Epidémiologie

vers3Etude clinique : diagnostic positif

vers4Examens complémentaires

vers5Diagnostic différentiel

vers6Les formes cliniques

vers6Etiologie

vers6Psychopathologie

vers9Evolution et pronostic

vers6Le traitement

vers6Conclusion


1 : Introduction

L'anorexie mentale (AM) est une pathologie qui semble actuellement de plus en plus fréquente. Dans notre service, nous hospitalisons des patients(es) dont les prises en charge ambulatoires ont échoué ou n'ont pu se mettre en place. L'AM est une pathologie psychiatrique; on peut cependant penser que les modifications organiques participent à la pérennisation du trouble.

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2 : Epidémiologie

Avis général : augmentation de fréquence dans les sociétés occidentales
Fréquence des formes non diagnostiquées : mal connue
Morbidité : 1 pour 200 parmi les adolescentes de race blanche des sociétés occidentales.
Très grande fréquence des préoccupations pondérales et des conduites dysorexiques parmi la population des lycéennes et des étudiantes.
Concerne classiquement les classes sociales élevées et moyennes. Familles pour lesquelles la promotion sociale et la réussite scolaire ont une grande importance.
Absence de l'AM parmi les populations noires, qu'elles soient africaines ou américaines. Rôle des conditions de nourrissage, de la qualité des échanges corporels et des investissements de l'enfant. Winnicott : "la différence entre les blancs et les noirs des Etats-Unis n'est peut-être pas tant une question de couleur de peau que d'allaitement au sein" (Jeu et Réalité, Gallimard, 1975).

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3 : Etude clinique : diagnostic positif

A. Triade symptomatique

B. Attitudes psychologiques particulières

C. La vie relationnelle

On note presque toujours dans les mois qui précèdent l'installation de l'AM un appauvrissement des relations amicales. L'adolescente s'isole, guère intéressée par les sujets de conversation des adolescents de son âge.
Les relations qu'elle entretient avec ses proches (parents notamment) sont des relations de dépendance. L'AM peut être comprise comme une tentative de se dégager de cette emprise, de cette relation de dépendance. L'AM, où le patient n'a plus besoin de manger et se suffit à lui-même, est un peu le contrepied de la dépendance. L'AM inverse les rôles dans la mesure où c'est la famille qui devient dépendante du bon vouloir de l'adolescent par rapport au fait de se nourrir ou pas.

D. La vie sexuelle

Refoulement massif, désinvestissement complet. Absence d'activités masturbatoires, défaut d'investissement érogène du corps. Lorsqu'une activité sexuelle existe, elle s'inscrit le plus souvent dans un comportement de maîtrise : prouver que le corps est bien à la disposition de la volonté. Surinvestissement du regard et du couple de pulsions partielles : voyeurisme/exhibitionnisme.

E. Le fonctionnement intellectuel

Surinvestissement intellectuel. Résultats meilleurs pour l'apprentissage que pour la créativité. Valeur défensive à l'égard des émotions et des relations affectives. Fait partie des conduites de réassurance narcissique et de conformité à un idéal de perfection.

F. L'humeur

Jamais au premier plan des perturbations

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4 : Examens complémentaires

A. Le métabolisme basal

< de 20 à 40 % de la normale. Hypothermie constante

B. Cardio-vasculaire

Hypotension et bradycardie. Modification de l'ECG

C. Troubles métaboliques et hydroélectrolytiques

Hypercholestérolémie
Hypoglycémie
Hypokaliémie habituellement bien tolérée
Diminution T3 et T4. TSH normale
Diminution FSH et LH
Diabète insipide non rare (déficit partiel en ADH).

D. NFP

Anémie hypochrome
Leucopénie avec augmentation des lymphocytes

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5 : Diagnostic différentiel

A. Avec les affections organiques

Certaines tumeurs du système nerveux central
Maladie du tractus digestif (maladie Crohn)
Maladie d'Addisson (vomissements, kaliémie élevée, asthénie)

B. Avec les affections psychiatriques

Délire par exemple d'empoisonnement qui entraîne une conduite de restriction alimentaire. Dépression mélancolique.

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6 : Les formes cliniques

A. L'AM du garçon

Environ 10 % des cas d'AM. Risque d'évolution psychotique plus fréquent (à nuancer).

B. Formes suivant l'âge

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7 : Etiologie

A. Facteurs psychologiques

B. Rôle de l'adolescence

Le traumatisme essentiel demeure la puberté et le processus de l'adolescence lui-même (Kestemberg). Rôle des changements physiologiques de la puberté. Pression psychosociale. Possibilité de réalisation sexuelle concrète. Réactivation de l'Oedipe et des conflits d'identification. Sexualisation des liens et des activités. Cet effet traumatique potentiel de la puberté peut se moduler très différemment selon les évènements et l'action de l'entourage.

C. Facteurs culturels

Impact du modèle de la femme mince sur un narcissisme défaillant ?
Idéal de civilisation qui prône l'affirmation de soi au travers d'un corps modelé, maîtrisé et contrôlé pour en faire un instrument de puissance et de conquête, d'avantage que de plaisir.
Rôle du repas comme rite familial : seul moment où la famille est réunie. Les tensions familiales et les conflits de hiérarchie et de territoire s'y jouent préférentiellement.
Inscription de l'anorexie dans l'ensemble des conduites masochistes : augmentation de cette conduite dans une civilisation où les interdits sont limités.

D. Rôle de la dénutrition

Il ne s'agit pas d'un facteur étiologique mais son impact est important.
Sur le plan somatique et physiologique : une bonne partie des troubles hypothalamiques et endocriniens peut lui être attribuée.
Sur le plan psychologique : la famine entraîne le développement de conduites alimentaires bizarres avec transformation du goût. Propension des sujets à s'absorber dans leur apparence, à centrer leurs intérêts sur l'image d'eux-mêmes et sur la nourriture. Modification de la perception du temps. Aggrave les phénomènes de dépersonnalisation, les sensations de perdre le contrôle de soi. Rétrécissement du champ des intérêts avec centrage exclusif sur quelques préoccupations obsédantes. La vie imaginaire et les rêves s'appauvrissent et disparaissent.

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8 : Psychopathologie

A. Psychopathologie individuelle

B. Psychopathologie familiale

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9 : Evolution et pronostic

A. Evolution spontanée

Difficile à évaluer. Au minimum : anorexie spontanément curable de l'adolescence (restriction alimentaire passagère de bon pronostic). Au maximum : anorexie chronique.

B. Evolution sous traitement

AM = affection toujours sérieuse au pronostic lointain souvent réservé ++++. Résultats concordants des différentes études :

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10: Le traitement

L'hospitalisation n'est indiquée que lorsque le patient, malgré un suivi psychiatrique en consultation, ne reprend pas de poids ou continue à en perdre.
A moins qu'il y ait une perte de poids mettant en danger la vie du patient, le traitement se fait en ambulatoire. Le suivi psychiatrique est effectué par le psychiatre, le suivi organique (surveillance du pouls, tension artérielle, ..) par le médecin généraliste.
Une hospitalisation deviendra nécessaire si la reprise pondérale ne se fait pas selon un rythme établi ou si le poids diminue de façon trop importante.

A. L'hospitalisation

B. Les méthodes biologiques

Les antidépresseurs sont les médicaments les plus souvent utilisés. Nous ne les utilisons que lorsqu'il existe une symptomatologie dépressive manifeste. Les anxiolytiques et dans certains cas, les neuroleptiques, peuvent être utiles.

C. Les psychothérapies

D. Place de la famille dans le traitement

Une action auprès des parents est toujours souhaitable. Elle permet de les associer au traitement et aux décisions thérapeutiques, de les aider à dépasser leur inévitable sentiment de culpabilité, à supporter la séparation et l'autonomisation plus ou moins conflictuelles de leur fille, à réfléchir sur le fonctionnement familial.
Intérêt parfois des thérapies familiales :

E. La relaxation et les différentes méthodes d'approches corporelles

Médiations intéressantes dans l'abord de ces patientes. Moyens d'introduire une relation psychothérapique. Relaxation, sophrologie, massages, ...

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11 : Conclusion

La conduite du traitement doit s'adapter à la forme de l'anorexie et au moment de l'évolution. Possibilité d'association de plusieurs méthodes thérapeutiques. Important de ne pas laisser la patiente s'installer dans sa conduite anorexique et dans sa maigreur.
La psychothérapie seule ne peut se concevoir qu'au-dessus d'un poids minimal. Il est important de considérer simultanément la conduite symptomatique en tant que telle et l'ensemble de la personnalité de la patiente avec les conflits individuels et familiaux auxquels elle participe. La méconnaissance d'un de ces paramètres favorise l'organisation de clivage de la personnalité et la poursuite des troubles.
La prise en charge d'une patiente anorexique est toujours lourde. Elle provoque souvent des conflits au sein de l'équipe soignante ++++. Il faut en être conscient et travailler dans une équipe soignante où la réflexion et la supervision sont constantes.

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